Kalyani est né le 11 mars 2016 à 2H21 du matin, et cet article est le récit de mon accouchement à Varanasi.

Peut-être que tout a commencé le soir du 8 mars, quand nous avons appris qu’il y aurait une éclipse de soleil le lendemain…

Solar eclipse - CC0 Public Domain

Eclipse solaire – CC0 Public Domain

Mon accouchement à Varanasi : éclipse solaire et perte des eaux

En Inde, les éclipses portent malheur pour les femmes enceintes. Evidemment, moi je m’en fichais, mais Kishan s’est mis à s’inquiéter pour moi et il m’a interdit de regarder le soleil le lendemain, bla bla bla. Il avait prévu de rentrer à Khajuraho le 9 mars et de revenir le 14, puisque selon la gynécologue Bébé pouvait arriver après le 15. Moi je ne voulais vraiment pas qu’il parte, mais je n’arrivais pas à le convaincre de rester car il avait des choses « importantes » à faire pour sa famille. Puis il a eu sa mère au téléphone, qui s’est mise à lui dire qu’il ne fallait absolument pas me laisser seule à Varanasi à cause de l’éclipse ! C’était bien la première fois qu’une règle hindoue m’arrangeait…

Nous étions entrain de nous promener le long du Gange quand nous avons appris l’existence de l’éclipse, et en chemin nous avons rencontré un ami qui nous a dit qu’elle aurait lieu entre 6H00 et 6H45. Je me suis demandée pourquoi tout ce schmilblick alors que tout serait terminé après sept heures du matin, mais je n’ai rien dit car je ne voulais pas que Kishan parte à Khajuraho… Le matin du 9 mars, je me suis réveillée vers 6H15 pour aller aux toilettes et je n’ai pas pu m’empêcher de regarder le soleil par la fenêtre en y allant, haha… Puis je suis retournée me coucher. Plus tard dans la matinée, la mère de Kishan a téléphoné pour nous dire que l’éclipse était terminée et que je pouvais sortir, mais elle a quand-même insisté pour que Kishan reste avec moi, YOUPI !

L’éclipse n’avait peut-être pas tant porté malheur pour moi : à 11H00 j’étais entrain de passer le balai, accroupie avec un de ces typiques jharus (balais) en paille, quand soudain un liquide s’est mis à innonder ma culotte !!! « Oh la la !!! » J’ai couru aux toilettes et j’ai appelé Kishan en criant. Quatre heures après l’éclipse je perdais les eaux ! Quelle drôle de sensation, ce liquide tout chaud qui coulait sans que je puisse le contrôler ! Je suis allée m’accroupir au-dessus des toilettes (à la turque) pour laisser couler le liquide, mais il continuait à couler, puis s’arrêtait, puis reprenait etc. alors c’était difficile de savoir quand je pouvais quitter les toilettes ! A ce moment là, j’ai entendu mon amie Marie monter les escaliers. Elle revenait d’un weekend à Delhi juste au moment où je perdais les eaux ! C’était incroyable : Bébé avait choisi d’arriver juste au moment où Marie revenait de Delhi et avant même que Kishan puisse partir à Khajuraho s’il avait décidé de partir !!! Et c’était beaucoup plus tôt que prévu, alors le visa de Marie n’expirait que dix jours plus tard. Yes ! Elle allait pouvoir assister à mon accouchement !

Mon accouchement à Varanasi : admission à l’hôpital

Nous n’avions pas encore commencé à faire mes sacs pour l’hôpital puisque c’était encore tôt, mais comme il était juste derrière l’appartement ce n’était pas un problème. J’ai vite pris le dossier de bébé et nous avons marché jusqu’à l’hôpital. Le liquide continuait à couler le long de mes jambes et j’ai été prise tout de suite. La médecin a fait un contrôle interne et m’a dit que j’étais dilatée d’un centimètre. Elle semblait vraiment inquiète que bébé arrive si tôt. « J’espérais qu’il attendrait encore une semaine », a-t-elle déclaré. Puis elle a ajouté que comme il était trois semaines à l’avance il serait peut-être un peu prématuré, alors s’il avait des difficultés à prendre le sein on devrait peut-être l’emmener dans une garderie spéciale dans un autre établissement car l’hôpital n’en avait pas. Ce n’était pas vraiment rassurant. Puis elle a dit que comme j’avais perdu les eaux mais que je n’avais pas de contractions, il fallait déclencher l’accouchement immédiatement. « Ah non ! » J’ai répondu. J’avais lu des histoires horribles sur la pitocine ou ocytocine artificielle (l’hormone qui déclenche l’accouchement) et je voulais que la naissance de mon bébé soit la plus naturelle possible ! J’ai demandé si on pouvait attendre de voir si les contractions venaient naturellement, et elle a accepté.

My Varanasi birth story - with Marie in my hospital room

Mon accouchement à Varanasi – avec Marie dans ma chambre d’hôpital

J’ai été admise à l’hôpital et on m’a montré ma chambre, celle que j’avais visitée en octobre. Elle était agréable et il y avait même une petite pièce attenante avec un canapé pour les visiteurs. Modeste mais spacieuse et confortable. En plus, les températures étaient miraculeusement douces pour la saison. Puis Kishan et Marie ont fait quelques allers-retours pour me ramener des affaires, des choses à grignoter et des fruits. Les infirmières étaient très gentilles. Marie passerait la nuit avec moi, mais Kishan avait trop peur…

Une infirmière est venue me voir et elle m’a dit qu’elle était là pour le lavement et le rasage. « Quoi !? » Cela me semblait inutile et il n’en était pas question ! Mais elle n’a pas insisté et elle est partie. Ensuite on nous a donné une liste de médicaments que Marie est allée acheter au magasin de l’hôpital en bas. Presque 3000 roupies et un énorme sac rempli de médicaments, cela ne me plaisait pas du tout… J’ai commencé à imaginer un accouchement médicalisé horrible, mais l’infirmière est revenue et nous a dit que nous pourrions nous faire rembourser les médicaments non utilisés. Elle a ajouté autre chose qui m’a beaucoup rassurée : la médecin avait dit à toutes les infirmières qu’elles ne devraient provoquer mon accouchement que lorsque j’avais décidé de le faire. Waouh ! Elles respectaient mes décisions et cela me plaisait beaucoup !

Des sages-femmes miraculeuses en attendant les contractions

Cependant les contractions ont à peine commencé. Dans son train de Delhi, Marie avait rencontré une amie d’amie qui était suisse, qui serait à Varanasi jusqu’au lendemain et qui était… sage-femme ! Elle a réussi à dégoter son numéro de téléphone pour lui demander conseil, mais elle ne répondait pas. Combien de temps est-ce que je pouvais attendre les contractions après la perte des eaux ? J’ai posé la question à Google sur mon smartphone, demandé à ma sœur sur WhatsApp et écrit au groupe Facebook. La moyenne était d’environ vingt-quatre heures, bien qu’il y ait un risque d’infection et de détresse du bébé si trop de liquide amniotique avait coulé. Mais en Inde, les gens n’attendent pas si longtemps pour des raisons d’hygiène. Je savais que les contractions pouvaient être encouragées en marchant, en montant des escaliers et en bougeant, alors j’ai commencé à faire les cents pas dans l’hôpital. Cela me rendrait dingue à la longue, alors Marie a suggéré de sortir se promener au bord du Gange. Elle a aussi décrété que je me sentirais mieux avec un jus de fruits frais et une tarte aux pommes, alors nous somme allées nous asseoir à la pizzeria qui surplombe le Gange ♥.

Promenade le long du Gange à Assi Ghât…

En marchant Marie a essayé de rappeler la sage-femme suisse, qui a finalement décroché. Incroyable ! Une sage-femme au téléphone pour moi ! Elle m’a posé des questions sur le déroulement de ma grossesse, et d’après mes réponses elle a confirmé que je pouvais attendre environ vingt-quatre heures. Quelques minutes plus tard Kishan m’a passé son téléphone, car une Anglaise voulait me parler. Je me suis demandée qui cela pouvait bien être, et quand j’ai compris je n’en revenais pas. Eh oui, c’était bien elle, la sage-femme occidentale qui avait proposé d’assister mon accouchement en septembre après avoir lu mon premier message sur le groupe Facebook !!! Elle avait lu ma question du matin et avait décidé de téléphoner à Kishan pour me parler plutôt que de répondre sur internet ! J’avais complètement oublié que je lui avais donné son numéro, et voilà qu’elle voulait m’aider au téléphone ! Il n’y avait aucune sage-femme dans tout Varanasi, mais je recevais les conseils de deux sages-femmes par téléphone ! J’étais certes un peu anxieuse en attendant les contractions, mais c’était un signe que l’Univers était avec moi…

De retour à l’hôpital et toujours pas de vraies contractions

Un peu plus tard nous sommes retournés à l’hôpital. J’avais quelques contractions mais vraiment rien de sérieux ni de trop douloureux. J’ai retéléphoné à la sage-femme qui m’a dit que l’ocytocine était aussi l’hormone de l’amour, alors des câlins avec mon mari pourrait peut-être aider ! On a essayé et ouah, effectivement les contractions sont devenues plus fortes et plus régulières ! J’ai donc alterné les « séances de câlins » et les promenades dans les couloirs et les escaliers de l’hôpital. Mais quand j’étais fatiguée il fallait bien que je me repose, et alors les contractions s’arrêtaient presque complètement. J’en suis arrivée à un point où il fallait que je fasse quelque chose pour avoir des contractions, et je craignais de me reposer puisque ça les arrêterait ! J’ai dormi toute la nuit suivante, plus dérangée par les infirmières qui venaient vérifier le rythme cardiaque de Bébé que par les contractions.

My Varanasi birth story: The nurses marked where Baby's heart was

Marque de l’emplacement du cœur de Bébé sur mon ventre par les infirmières

Le lendemain matin la médecin est venue pour un contrôle et m’a dit que j’étais dilatée de deux centimètres. J’ai donc continué le travail en alternant séances de câlins, marche, danse du ventre, visualisation, etc. Marie et Kishan m’apportaient à manger (la nourriture n’est pas fournie dans les hôpitaux indiens), et je buvais beaucoup d’eau pour minimiser les risques d’infection. Les infirmières étaient parfois en retard pour vérifier le rythme cardiaque de Bébé alors j’allais frapper à leur porte. A 16H00 je me suis demandée quand la médecin reviendrait pour un contrôle. Je suis descendue avec Marie pour demander… Les heures ont passé, 17H00 puis 18H00… Ah le temps en Inde ! Finalement Marie est redescendue pour exiger de voir la médecin. Quand elle est revenue, elle s’est assise sur mon lit et m’a parlé sérieusement. « La docteur est inquiète. Ça fait plus de vingt-quatre heures et tes contractions ne sont pas assez fortes. Je ne te l’ai pas dit, mais depuis cet après-midi je me fais du souci. Tu ne peux pas continuer comme ça. » Moi aussi j’étais inquiète, mais je n’avais pas voulu l’admettre. J’ai fondu en larmes et Marie me prise dans ses bras. Je me sentais toute petite. « Peut-être que tu ne veux pas que ce bébé te quitte, ou que tu as peur », a ajouté Marie. Elle avait raison. Il fallait que je lâche prise et j’avais trop peur. En dépit de tout ce que j’avais lu sur le lâcher-prise dans les livres de yoga et sur les sites internet, j’avais peur de perdre le contrôle comme d’habitude. Mais la peur est partie avec les larmes… C’était déjà le soir et je ne voulais pas laisser passer une autre nuit. J’ai donc accepté d’être déclenchée… Vers 19H00 la médecin est enfin arrivée dans ma chambre. Je n’étais quasiment pas plus dilatée que le matin. Je lui ai demandé de commencer les perfusions le plus lentement possible, et elle a demandé aux infirmières de bien doser la pitocine…

It's time to come out now, Baby!

Il est temps de sortir maintenant, Bébé !

Mon accouchement à Varanasi : déclenchement

J’ai été déclenchée vers 22H00 le 10 mars. Avant la perfusion une des infirmières m’a dit de manger quelque chose. Marie trouvait ça bizarre, mais j’avais un peu faim alors j’ai mangé le reste des délicieuses pâtes qu’elle avait préparé pour moi à midi…

Ensuite, mon infirmière préférée (celle qui n’arrêtait pas de dire que j’étais sa « meilleure amie ») a inséré la perfusion juste au-dessus de mon poignet gauche. J’avais du mal à bouger la main et je n’avais pas l’habitude d’être rattachée à un tube ! Une fois la perfusion installée j’ai eu la nausée pendant moins d’une minute, puis c’est passé… Comme promis, la perfusion était « très graduelle ». Pendant un moment j’avais l’impression que ça ne faisait rien, alors j’ai essayé de dormir. Les infirmières venaient régulièrement me voir pour me demander si « j’avais mal » mais à chaque fois je répondais juste « un peu »…

Plusieurs minutes ont passé, je ne sais pas combien. Je n’arrivais pas vraiment à dormir mais je me reposais en observant ma respiration. J’avais des contractions très légères et je continuais à me demander si cette perfusion faisait quelque chose. Oui, je sais, j’ai toujours tendance à me méfier des médecins indiens ! Après peut-être une heure (?) j’ai exprimé mes doutes à Marie, mais peu de temps après j’ai commencé à ressentir des contractions plus fortes et tout à coup je ne pouvais plus essayer de dormir.

Enfin des contractions

Je me suis assise sur le lit et j’ai essayé d’observer ma respiration car ça commençait à être sérieusement douloureux. J’ai demandé à Kishan de s’asseoir à côté de moi et de me frotter le dos pour pouvoir me concentrer sur le massage plutôt que sur la douleur dans mon bas-ventre. Je l’avais lu dans un de mes livres et ça m’a fait un bien fou ! Après un moment, j’ai eu envie de vomir, et oh, oh, oh ! J’ai demandé à Kishan de tenir la bouteille de pitocine, et avec lui j’ai couru tant bien que mal jusqu’à la salle de bain pour vomir tout mon plat de pâtes ! Effectivement, un conseil très étrange de manger avant d’être déclenchée…

Je suis retournée dans la chambre après un bon moment accroupie aux toilettes car c’était à peu près confortable pour endurer la douleur. Je savais que marcher et bouger calmait les contractions, mais j’étais bien trop mal pour me lever du lit, et de toute façon c’était difficile en étant attachée à la bouteille de cette foutue perfusion ! Je commençais à avoir très froid, et j’ai regretté de ne pas avoir pris mon pull avec moi. Marie a jeté son châle épais sur mes épaules et c’était peu pratique car il n’arrêtait pas de tomber, mais il fallait faire avec. J’avais soif et je buvais de l’eau régulièrement pour que ma bouche ne se dessèche pas. Les contractions étaient maintenant très fortes, et je me suis mise à gémir car ça me calmait aussi beaucoup, tout en serrant Kishan dans ses bras et en me balançant d’un côté à l’autre, comme dans les vidéos.

J’étais tellement contente que Kishan soit avec moi ! Tout au long de ma grossesse, il avait été incapable de se préparer à la naissance, car les hommes en Inde sont vraiment conditionnés à penser qu’ils n’ont rien à voir avec la naissance. Fait intéressant : le jour de ma grossesse, je me suis rendue compte qu’en Inde, la naissance est une affaire réservée aux femmes, alors que la mort est réservée aux hommes ! Bizarre, alors que les hommes naissent autant que les femmes et que les femmes meurent autant que les hommes !

Des contractions plus fortes

Bientôt, je pouvais à peine me reposer entre les contractions et je savais que c’était un inconvénient de la pitocine. La douleur oscillait mais je n’avais pas de répit entre les contractions. Oh, et c’est dingue à quel point le temps s’arrête COMPLÈTEMENT pendant l’accouchement ! Comme il faut être dans le moment pour gérer ces sensations uniques, et comme les codes sociaux sont jetés par la fenêtre pour préférer l’intuition ! Quand les contractions étaient vraiment intenses, je ne pouvais plus rien faire, je devais avertir Kishan et Marie que je ne pouvais pas bouger ni parler. Respirer, respirer ! Et gémir, gémir, gémir… Puis une infirmière est rentrée dans la chambre, et en me voyant comme ça elle a fait un contrôle interne. J’ai dû m’asseoir puis m’allonger sur le lit en plusieurs étapes entre les contractions et les gémissements. Finalement elle s’est exclamée « Vite ! Il faut aller à la salle d’accouchement! » Déjà !? J’étais complètement dilatée et vraiment excitée de connaître la suite ! Je me suis redressée maladroitement en me demandant comment j’allais bien pouvoir monter un étage et marcher jusqu’à la salle d’accouchement ! Mais en tenant Kishan d’un côté et Marie de l’autre j’ai réussi, et comme par miracle en marchant la douleur s’est presque arrêtée. Heureusement c’était la nuit et il n’y avait personne dans les couloirs. Mes eaux coulaient encore, me faisant presque perdre mes tongs à chaque pas, et j’ai abandonné ma culotte et ma jupe tellement elles étaient peu pratiques ! Je ne me sentais pas particulièrement mal car j’avais hâte de rencontrer mon bébé, mais je devais faire de la peine à voir ! C’était le cadet de mes soucis !

Dans la salle d’accouchement

Depuis le début de ma grossesse je savais et j’avais accepté que la gynécologue n’assistait que des accouchements sur le dos. Je m’étais quand-même demandé si ce serait possible d’avoir une pile d’oreillers à placer sous mon dos pour me relever un peu et me faire aider par la gravité. On peut toujours rêver : en découvrant la table dure, même pas un lit, j’ai compris que ce n’était pas la peine ! J’accoucherais bel et bien allongée complètement à plat sur le dos avec les jambes en l’air, foutue position qui convient aux médecins bien plus qu’aux femmes qui accouchent…

Une fois installée les infirmières m’ont dit de pousser. Ou plutôt, leur équivalent en hindi était de « faire caca le plus fort possible » ! J’avais lu que la pitocine pouvait vous empêcher de ressentir les pulsions naturelles à pousser, mais heureusement ce n’était pas du tout mon cas ! Et waouh ! Quelle force ! J’avais tellement chaud maintenant que Marie a appliqué de l’eau froide sur mon front et m’a fait boire de sa bouteille. Elle devinait exactement ce dont j’avais besoin et elle était formidable. Mais les infirmières ont paniqué et m’ont dit que l’eau me ferait vomir ! L’une d’elles m’a même présenté une bassine alors que je n’en avais pas besoin. Malgré les infirmières, Marie m’arrosait avec de l’eau froide et me mouillait les lèvres, et ça me faisait un bien fou !

Et chaque fois que les pulsions venaient, elles me disaient de pousser comme si je devais faire caca. J’ai crié comme jamais je n’avais crié de ma vie ! Tellement fort que pendant deux jours après l’accouchement j’avais la voix cassée ! Je me suis demandée si je n’allais pas réveiller tous les patients de ce petit hôpital, mais je m’en fichais ! Tout en criant, je trouvais que c’était incroyable. CE N’ÉTAIT PAS DE LA DOULEUR, C’ÉTAIT UNE FORCE TERRIBLE. J’avais l’impression que les veines autour de mes yeux allaient éclater et mon visage devait être tout rouge ! Je criais puis je me reposais en respirant la bouche ouverte. C’était automatique, ça se faisait tout seul. C’est fou comme on fait ce que le corps veut qu’on fasse. Ces moments de repos bouche ouverte étaient transcendants de bien-être. La veille ma sœur m’avait dit qu’ouvrir la bouche favorisait l’ouverture du col, je me demandais si c’était vrai mais c’était ce que mon corps faisait. Marie m’a dit par la suite que Kishan s’était précipité à l’autre bout du couloir dès qu’il m’a entendu crier, haha. Je devais être un drôle de spectacle. Vu de l’extérieur je faisais peut-être peine à voir, mais à l’intérieur j’allais très bien. Pousser était beaucoup moins difficile à gérer qube les contractions, rien à voir, et c’était trop bon d’observer ma respiration entre les poussées.

Puis je me suis mise à crier « No cut ! No cut ! » aux infirmières car je ne voulais pas d’épisiotomie. La médecin est arrivée presque à la fin, et peu de temps après elle m’a dit que la tête était à un centimètre de la sortie. C’était incroyable à entendre. Mais elle a ajouté que je devrais encore pousser un moment et que mes tissus allaient sans doute se déchirer, alors elle m’a conseillé d’accepter l’épisiotomie. Foutue position allongée ! J’étais fatiguée et impatiente de voir mon bébé alors j’ai finalement accepté. Dans un tel état, de toute façon je ne pouvais pas penser à la cicatrisation et j’ai à peine senti l’incision.

J’ai reconnu très clairement la phase de transition, celle pendant laquelle on a l’impression qu’on va mourir ! Mais comme je l’ai reconnue je ne me suis pas inquiétée et j’ai observé ma respiration. Puis la tête est sortie et je l’ai bien sentie. Elle s’est arrêtée à la dernière porte quand j’ai arrêté de pousser dans un picotement assez désagréable, mais ce n’était pas grave car j’étais tout proche de la fin (et du nouveau départ)! Puis, la tête est sortie et juste après j’ai senti les épaules et le reste du corps de mon bébé.

Hello Kalyani ♥ !

Dès que Bébé est sorti j’ai vaguement vu les infirmières porter mon bébé et l’approcher de moi, ciseaux en main pour couper le cordon. « Attendez qu’il arrête de battre !!! » J’ai crié. Mais elles agissaient en mode automatique, et Marie m’a dit plus tard que ça n’avait servi à rien. Je ne voyais rien tellement j’étais dans un état intense d’épuisement et d’émotion, et en plus je n’avais pas mes lunettes ! Rapidement, elles ont placé mon bébé sur mon ventre, et dans la précipitation émotionnelle j’ai essayé de faire en sorte qu’elles soulèvent ma tunique pour que Bébé soit réellement sur ma peau ! Mais tout était si rapide, et dans l’émotion en fait je m’en fichais. Bébé était là ! OH MON DIEU !! La vie est un miracle ! « C’est un garçon ! » a dit Marie. En larmes, j’ai caressé sa tête collante en m’écriant « Mon Poupouille ! ». C’est vraiment cet amour infini dont tout le monde parle ! Je ne voyais pas son visage alors Marie m’a aidé à le retourner puis elle a ajouté « Non, en fait c’est une fille ! » Elle avait confondu son sexe avec le cordon ! Et finalement j’étais encore plus heureuse que ce soit une fille ! « Ma Poupouillette ! » j’ai rectifié. Elle ne pleurait pas, elle était calme et paisible, puis elle a émis un son.

Trop rapidement les infirmières ont pris Kalyani pour faire les examens médicaux, dans un petit lit à quelques mètres de moi. La pièce était sombre et je ne voyais pas bien, j’ai juste entendu Kalyani pleurer puis j’ai perdu conscience et je me suis endormie d’un coup. Marie m’a dit plus tard que les infirmières étaient tellement brusques (Indian style!) qu’elle a pris Kalyani dans ses bras pour la manipuler plus doucement.

Je me souviens aussi n’avoir JAMAIS été aussi fatiguée de ma vie. Pour me remmener dans ma chambre, les infirmières m’ont soulevée pour me placer sur un brancard, et mon corps était tellement mou et vidé de son énergie que mes bras tombaient sur les côtés comme sans vie. C’était vraiment une drôle de sensation. Quand je suis revenue à moi j’étais déjà dans ma chambre, que j’ai mis du temps à reconnaître tellement j’étais déboussolée. Déboussolée mais béate. J’étais sur mon lit avec ma petite Kalyani sur moi, toute propre et enveloppée dans une couverture (il faisait froid pour la saison et il avait même plu !) Je lui ai caressé la tête en pleurant, prête pour une nuit blanche. Je ne savais pas du tout quelle heure il était, mais Marie m’a dit qu’elle était née à 2H21, à peine quatre heures et demie après la provocation de mon accouchement… Elle pesait 2,5 kilos.

Et voilà que j’étais une nouvelle femme. Une maman hyper fière d’avoir réussi et de m’en être si bien sortie. J’étais de l’autre côté à présent, du côté des mamans !

Un dernier petit détail parce que « Incredible India » !

J’ajouterai un dernier détail à cet article, car il est tellement amusant que je ne peux pas m’empêcher de le partager.

Après l’accouchement, je ne pouvais absolument pas m’asseoir car ma cicatrice d’épisiotomie était douloureuse. Alors Marie s’est souvenu qu’après la naissance de sa fille on lui avait fourni une sorte de bouée sur laquelle elle s’était assise le temps de cicatriser.

Elle a commencé à réfléchir à ce qu’on pourrait utiliser en guise de bouée, et elle a trouvé une solution vraiment drôle…

Eh oui, pendant les six jours suivants je me suis assise sur une chambre à air de rickshaw ! 😀

 

Pinterest : accouchement a varanasi

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