Cet article est l’édition d’un texte que j’ai écrit en août 2010 après une visite chez une soeur de Kishan. Lakshmi vit avec la famille élargie de son mari dans une petite ville au cœur du Madhya Pradesh, bien loin des sentiers touristiques. Leur domicile est une vieille grande maison traditionnelle indienne, qui abritait encore une centaine de membres de la famille au siècle dernier. Lors de ma visite, Lakshmi vivait avec son mari et leurs deux petits enfants dans deux pièces assez délabrées du bâtiment. Aujourd’hui ils disposent de deux pièces supplémentaires, et leur appartement est un peu mieux équipé. Dans cet article, je vous invite pour une visite de cette maison traditionnelle indienne.

Maison traditionnelle indienne : habitation et famille élargie

Cette maison est la représentation la plus authentique de la tradition familiale indienne (et hindoue) dont j’ai pu témoigner. Elle est située dans une ruelle pittoresque très étroite qui part de la rue principale de la ville. Le bâtiment a plus de cent ans et c’est une sorte d’énorme labyrinthe d’appartements reliés entre eux qui s’ouvrent les uns sur les autres. « Appartement » n’est peut-être pas le meilleur mot, mais il fera l’affaire pour décrire les parties de cette habitation composées seulement d’une ou deux pièces, souvent petites, dans lesquelles vit chaque noyau familial.

Après leur mariage, les Indiennes doivent quitter leur famille pour aller vivre avec celle de leur mari. Ainsi, les familles patriarcales peuvent devenir très élargies sous un même toit. Quand Kishan avait environ trois ans, son père a quitté la maison de famille commune pour construire sa propre maison et vivre seulement avec sa femme et ses enfants. Depuis le décès de son père, Kishan ne vit donc qu’avec sa mère et ses frères et sœurs non mariés (heureusement pour moi !) Dans la maison de Lakshmi, par contre, la structure paternelle entière est restée : le beau-père de Lakshmi vit toujours avec son frère, et tous les deux vivent avec leurs femmes, leurs enfants non mariés, et leurs fils mariés qui eux aussi vivent avec leurs femmes et leurs enfants. Le mari de Lakshmi vit donc non seulement avec sa propre famille restreinte, mais également avec celles de ses oncles, frères et cousins. Bien que Lakshmi, son mari et leurs enfants soient assez indépendants dans leur petit appartement, toutes les « sous-familles » partagent cette même battisse, dont les portes sont constamment ouvertes.

Etagères intégrées dans le mur, typiques des maisons traditionnelles indiennes

Etagères intégrées dans le mur, typiques des maisons traditionnelles indiennes

La propriété me fait penser à une immense maison de poupée avec ses pièces interconnectées organisées autour d’un palier ouvert. Bien sûr, les pièces sont typiques avec leurs épais murs peints et leurs étagères intégrées. L’aménagement des pièces est très simple. Le plus souvent il y a un lit en bois dur qui sert de canapé ou de table pendant la journée, un grand coffre pour le rangement recouvert d’un tissu décoratif, des tapis et des cadres et une vieille télévision sur une petite table. Il n’y a pas toujours d’armoire pour les vêtements qui sont alors suspendus sur une épaisse corde à linge, et les plaques de cuisson et les paniers à ustensiles ont leur place sur le sol, dans un coin de la pièce. Sur les vieux murs, les taches et la peinture qui part en lambeaux ajoutent à la beauté du décor (chacun ses goûts !) La plupart de la maison est encore dans un état raisonnable, mais certaines pièces périphériques sont tombées en ruines, et une pièce sur le toit est abandonnée car elle pourrait s’écrouler à tout moment.

Au centre de la maison se trouve une (grande) pièce principale que l’on pourrait considérer comme la pièce d’accueil, et dans laquelle vivent les beaux-parents de Lakshmi. A celle-ci est adjointe la cuisine principale (bien que les couples séparés cuisinent le plus souvent dans un coin de leur petite pièce / appartement) et en face de la cuisine se trouve la salle de bain commune, qui n’est en réalité qu’une autre pièce contenant des grands seaux remplis d’eau et des pots pour se laver. Cette salle de bain n’a pas de toilettes. On peut faire pipi dans un coin sur le sol qui est légèrement incliné pour que l’urine coule vers le bas puis sous une porte extérieure qui donne sur une pièce abandonnée. Pour faire la grosse commission, il faut partir en expédition sur le toit de la maison !

Maison traditionnelle indienne : l’expédition « numéro deux » !

Quand vous allez aux toilettes, on vous demande si vous devez aller faire le « numéro un » ou le « numéro deux ». Eh oui, il n’y a pas de vie privée en Inde profonde, même quand il s’agit d’aller aux toilettes. Alors tout le monde est au courant quand vous allez faire caca ! C’est comme ça !

Dans une maison traditionnelle indienne, c’est donc toute une aventure pour aller faire le « numéro deux ». Il faut aller dans la salle de bain commune pour se chausser des tongs intouchables dédiés à cet effet et prendre un petit seau d’eau, puis se rendre sur le toit où se trouvent les deux cabines de toilettes. Si vous êtes invité/e, un membre de la famille vous donnera le seau adéquat et vous y conduira. Mais prudence ! Il y a souvent des singes sur le toit ! Ils peuvent être nombreux, des clans entiers, et il faudra peut-être les faire déguerpir avec un gros bâton (ou demander à un homme plus courageux de le faire pour vous). Une fois que le chemin est libre, avant d’entrer dans les toilettes, il faut verser l’eau du premier seau dans un second seau qui ne quitte jamais les toilettes, car les hindous ne mélangent pas les torchons et les serviettes, ou plutôt les seaux intouchables et les seaux « touchables » ! Une fois terminé il faut se laver le derrière avec l’eau du seau intouchable en utilisant sa main gauche, sortir du mètre carré et reprendre le seau touchable (qui est resté devant la porte des toilettes) avec sa main droite. Puis on redescend à la salle de bain commune pour remettre le premier seau à sa place et se laver les mains, retirer les tongs intouchables et se rincer les pieds. (Pour connaître quelques règles hindoues liées à la pureté, je vous invite à lire 21 règles hindoues que j’ai dû appliquer.)

Maison traditionnelle indienne : petite visite de l’appartement de Lakshmi

Pour accéder à l’appartement de Lakshmi, il faut emprunter un couloir sombre et peu accueillant qui mène vers l’une des extrémités de la maison. A mi-chemin, on peut contempler les ruines de ce qui était autrefois encore une pièce, mais qui avec le temps s’est transformée en jardin rempli de mauvaises herbes et de briques rouges.

L’appartement de Lakshmi se compose de deux pièces décrépites et de deux autres petites pièces toutes sombres car sans fenêtres, qui ne sont pas habitées mais qui servent de rangement. Je n’avais même pas remarqué ces deux pièces avant ma quatrième visite car leurs portes étaient restées fermées, dont une condamnée derrière le lit ! Les plafonds sont fissurés et le haut des murs est couvert de poussière et de toiles d’araignées, surtout dans les coins. À un bout de la pièce principale, il y a un lit d’un côté et une étagère avec miroir et produits cosmétiques de l’autre. À l’autre bout, un coin cuisine sur la gauche (c’est-à-dire une petite étagère et par terre deux plaques de cuisson et une bouteille de gaz) et à droite une vieille télé sur une table. Une corde épaisse traverse la largeur de la pièce sur laquelle sont rangés les vêtements quotidiens. Il n’y a qu’un seul lit, mais la famille plient des matelas (fins) dessus ou sur une malle, qu’ils étendent par terre la nuit et pour les visiteurs. Pendant la saison chaude ils préfèrent dormir à même le sol avec juste un oreiller pour la tête, même pas un drap, car le sol est plus « frais ». Aujourd’hui, ils sont équipés d’un onduleur alors ils ne sont plus trop affectés par les coupures de courant régulières.

La corde pour ranger les vêtements

La corde pour ranger les vêtements

Pinterest : maison traditionnelle indienne

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La dernière fois que je suis allée chez eux ils avaient même des vrais toilettes (à la turque), grâce auxquels je n’ai plus besoin de faire l’expédition « numéro deux » décrite ci-dessus ! Je ne suis quand-même pas autorisée à y faire la grosse commission pendant les coupures de courant, car l’eau est fournie par une pompe qui fait monter l’eau de la nappe phréatique sous la maison. Alors quand il n’y a pas d’électricité, il y a trop peu d’eau dans les seaux et les toilettes sont trop près de là où on fait la vaisselle !

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