Beaucoup de gens me demandent en combien de temps j’ai appris l’hindi. La réponse est qu’il m’a fallu environ trois ans et demi pour le parler couramment. Notez bien que j’ai appris l’hindi en Inde et que cela m’aurait pris beaucoup plus de temps si je l’avais appris dans un environnement non-hindi! De plus, j’étais très dévouée et j’étudiais tous les jours. Cet article raconte comment j’ai fait.

Le Devanagari, 6 mois avant ma première année en Inde

Environ six mois avant de repartir en Inde pour un an en 2007, j’ai commencé à apprendre l’hindi toute seule. J’avais alors 30 ans.

Learning Hindi: my first dictionary

Mon premier dictionnaire d’hindi

Pour m’encourager, ma meilleure amie m’avait offert le dictionnaire d’hindi de Rupert Snell pour mon anniversaire. J’ai trouvé que c’était un cadeau assez audacieux car je lui avais seulement parlé de mon désir d’apprendre. Elle me mettait un peu la pression ! Au final c’était quand-même un super cadeau, et vous pouvez voir sur la photo ci-contre combien je l’ai utilisé treize ans plus tard ! Quelques mois après avoir reçu le dictionnaire, j’ai acheté le lot Teach Yourself Hindi de Rupert Snell.

Je voulais commencer par apprendre l’écriture du Devanagari et je trouvais que le livre ne suffisait pas car il ne montrait pas comment dessiner les lettres. J’ai cherché sur Internet et j’ai trouvé des vidéos très utiles sur le site de A Door Into Hindi. Pendant les six premiers mois j’ai fait des pages d’écritures dès que j’avais le temps. Je travaillais comme auxiliaire de vie auprès de personnes handicapées et cela m’occupait quand je n’avais rien à faire chez eux ! J’aimais bien car ce n’était pas un exercice intellectuel, il suffisait de le faire !

J’avais beaucoup plus de mal à me motiver pour suivre les leçons du livre et du CD, car je n’avais pas d’amis parlant hindi avec qui pratiquer ! Un de mes amis m’a présenté à ses colocataires indiens qui m’ont aidé à plusieurs reprises, mais je ne les sentais pas trop alors je n’avais pas vraiment envie de les voir. Quand je suis retournée en Inde en 2007, je n’avais étudié que les trois premières leçons du livre. Par contre, je connaissais la moitié de l’alphabet hindi, et sur le chemin de Khajuraho en janvier 2008, j’ai su lire l’inscription « Khajuraho » sur le bus ! C’était la première fois que j’utilisais l’hindi dans une situation réelle et c’était vraiment gratifiant et motivant !

Première année et immersion dans une famille traditionnelle

J’ai commencé à apprendre l’hindi sérieusement après mon arrivée dans la famille de Kishan à Khajuraho. Personne ne parlait anglais à la maison sauf lui, alors je n’avais pas le choix ! Mais ce n’était pas évident, car à Khajuraho la plupart des gens parlent le dialecte Bundelkhandi. Enfin avec moi bien sûr ils parlaient hindi.

J’étudiais mon livre tous les jours et j’appliquais mes nouvelles connaissances avec la famille. Une grande qualité du livre de Rupert Snell est que les dialogues sont très pratiques et le vocabulaire très utile dans la vie quotidienne ! Je ne sais pas comment j’aurais fait sans ce livre, car la famille n’avait pas suffisamment de connaissances linguistiques pour m’aider avec la grammaire. Chaque fois que je demandais à Kishan la signification de petits mots tels que « ko », « ki », « ke », « ne », etc., il me disait juste que c’était des « mots aidants » et il ne savait pas en quoi ils étaient utiles ! J’avais donc recours à mon livre dans lequel je trouvais toujours les réponses. La famille corrigeait mes phrases et ma prononciation, et ils m’ont appris beaucoup de vocabulaire que j’ai pu utiliser immédiatement. Cela m’a permis de mémoriser les mot plus rapidement.

Chaque après-midi, les sœurs de Kishan aidaient des jeunes écoliers à faire leurs devoirs, et je m’asseyais toujours avec eux pour faire mes exercices d’hindi. C’était rigolo pour eux d’avoir une grande élève un peu fofolle dans leur classe. Moi aussi j’aimais beaucoup leur compagnie.

Learning Hindi: home class with school kids

Classe à la maison en compagnie de petits écoliers, 2008

L’hindi est une langue qui décourage beaucoup de gens car elle est très différente des langues européennes et il faut d’abord s’y habituer. D’un point de vue grammatical, il n’y a pas de prépositions mais des postpositions et les verbes viennent toujours à la fin. Par conséquent il faut penser les phrases complètement à l’envers. De plus, la construction de beaucoup d’expressions basiques est vraiment déconcertante au début. Par exemple, quand on dit « je veux du thé » (« mujhe chai chahie »), c’est « chai », pas je » le sujet. En français cela reviendrait à dire « le chai m’est nécessaire ». Ou encore, pour dire « j’aime ça », on dit en fait « ça me touche en bien » (« mujhe yah accha lagta hai »). Au début je m’arrachais les cheveux avec ce genre de phrases ! Sans parler de la prononciation, qui est très difficile avec tous ses sons fricatifs et gutturaux et ses R roulés. J’écrirai bientôt un autre article avec des trucs et astuces et sur comment j’ai surmonté les difficultés. Commencer à apprendre l’hindi en immersion totale était formidable, car c’était un grand coup de pied aux fesses pour le faire malgré toutes les difficultés initiales.

Après avoir quitté Khajuraho j’ai continué à étudier mais moins régulièrement car c’était plus difficile car je ne savais pas vraiment avec qui pratiquer. Je faisais moins confiance aux nouvelles personnes que je rencontrais qu’à Kishan et sa famille! En tant que femme voyageant seule en Inde je ne voulais pas raconter ma vie à tous les passants, alors c’était difficile de pratiquer la conversation ! Je m’efforçais quand-même de parler dans les magasins !

Digestion intellectuelle et recherche d’enseignants

À la fin de ma première année en Inde j’avais fait beaucoup de progrès et je me débrouillais assez bien. Cependant je n’arrivais plus à apprendre un seul mot car mon cerveau était surchargé ! Je faisais une overdose d’hindi et il fallait absolument que je prenne une pause ! Je suis rentrée en Europe pour trois mois et demi avant de revenir vivre en Inde en 2009. Alors que je n’avais pas touché mes livres d’hindi, à mon retour Kishan m’a dit que j’avais fait des progrès !!! Ce temps de pause avait donné à mon cerveau le temps de digérer, et lâcher prise m’avait certainement aidé aussi. Je pouvais me remettre à étudier.

How I learnt Hindi: my handwriting at the beginning

Mon écriture au début

J’ai continué avec mon « Teach Yourself Hindi » à Khajuraho pendant un mois, puis je suis allée à Varanasi pour trouver un enseignant. Ce n’était pas une mince affaire ! J’ai d’abord pris quelques cours avec un gars prénommé Deepankar qui m’a appris des choses très utiles, mais il était un peu bizarre et il me mettait mal à l’aise alors j’ai arrêté. Ensuite, j’ai trouvé un charmant Bablu qui avait une tête rigolote. Il m’aimait beaucoup car j’étais bonne élève, et il n’arrêtait pas de m’appeler sa « sweet girl » et sa « good student ». Pendant quelques cours j’étais contente car il me faisait faire des dictées et il utilisait des livre pour enfants, mais quand je lui ai dit que je voulais apprendre la grammaire, il a commencé à me dire ce qu’étaient un verbe, un nom, une phrase, etc.! Il était complètement incapable d’enseigner la grammaire hindi à une étrangère, il m’enseignait comme si j’étais une petite indienne qui parlait déjà hindi ! Il prenait les choses très à cœur, et quand je lui ai dit que je ne voulais plus venir chez lui, il était très contrarié ! En anglais il parlait petit nègre, ce qui prouvait bien qu’il n’avait pas les connaissances grammaticales nécessaires pour me satisfaire,  et il ne comprenait absolument pas pourquoi je trouvais qu’il n’était pas assez compétent. Il a même téléphoné à Kishan pour lui demander de lui expliquer ! Je me sentais vraiment mal mais je n’allais pas continuer pour lui faire plaisir, évidemment… Finalement, j’ai trouvé satisfaction en combinant deux enseignants. Le premier, Suresh Joshi, était excellent pour le vocabulaire et la discussion. Le second était un professeur reconnu de Varanasi : Prof. Virendra Singh qui était un ancien professeur de l’université de Wisconsin aux États-Unis. C’était un énorme soulagement pour moi de trouver enfin quelqu’un capable de m’enseigner la grammaire hindi, quelqu’un qui comprenait comment fonctionnait l’esprit occidental quand il s’agit d’apprendre une autre langue ! Il était assez cher et je n’ai pris que six leçons avec lui, mais il était tellement efficace qu’après seulement six heures la grammaire hindi était beaucoup plus claire dans ma tête !

Diplôme de premier cycle à l’Université Hindoue de Bénarès

En août 2009, après avoir étudié l’hindi pratiquement toute seule pendant un an et demi, j’ai commencé un diplôme de premier cycle en deux ans à l’Université Hindoue de Bénarès (Banaras Hindu University ou BHU). J’avais parlé en hindi lors de mon inscription alors l’administration m’avait permis sauter la première année de Certificat pour débutant. À l’époque (il y a presque dix ans maintenant !), le programme n’était pas trop cher pour les étrangers. Pour une année, cela m’a coûté les frais d’environ 2000 roupies pour les Indiens, plus des frais de 7500 roupies pour les étrangers. Après l’obtention de mon diplôme, les frais pour les étrangers étaient passés à 10000 roupies et aujourd’hui ils s’élèvent à 20000 roupies. Pour postuler pour un diplôme d’hindi à la BHU, vous pouvez vous rendre sur cette page.

Étudier dans une université indienne était une expérience incroyable qui a donné une toute nouvelle dimension à mes études d’hindi. Ce n’était pas toujours facile, notamment sur le plan administratif, et mon inscription en première année à BHU était un vrai parcours du combattant (sous le cagnard du mois de juillet) ! Les cours ont réellement commencé un mois plus tard que prévu, les dates d’examens étaient inconnues jusqu’à quelques semaines avant les examens, les enseignants ne venaient pas toujours en cours… Mais j’aimais ma jolie petite salle de classe, l’impression que j’avais d’avoir été renvoyée dans les années 50, et bien que certains professeurs étaient plutôt médiocres, le contenu du programme était vraiment bien et intéressant. Le plus dingue c’était que j’étais la seule étudiante dans ma classe, pendant mes deux années à BHU !!! Il y avait une dizaine étudiants en Certificat et entre deux et quatre sur les trois autres niveaux, mais moi j’avais un cours particulier avec chacun de mes professeurs ! Tous mes cours étaient personnalisés, et aucun autre étudiant ne ralentissait mon rythme ! J’avais les numéros de téléphone de tous mes professeurs et quand ils ne venaient pas en cours je leur téléphonais pour leur demander où ils étaient, alors ils finissaient par venir. Le directeur du département, un adorable monsieur qui me donnait trois cours par semaine, m’a dit une fois qu’il était particulièrement stressé avant mes cours car il savait que je me plaindrais (ou que je pleurerais de frustration !) s’il ne venait pas ou s’il était en retard ! A bien des occasions j’ai pris le thé dans son bureau quand il avait des visiteurs avant de venir en cours. L’organisation était mauvaise et les choses avançaient lentement, mais cela faisait partie de l’incroyable expérience indienne !

Learning Hindi: my Hindi handwriting

Mon écriture après deux ans à la BHU

Pinterest : hindi

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Un de mes objectifs à BHU était d’améliorer mes compétences en lecture et en écriture du Devanagari. Je voulais savoir écrire vite et je voulais que mon écriture ressemble à celle d’une Indienne plutôt qu’à celle d’une étrangère. Je recopiais donc tous les textes qu’on étudiait en classe, et j’ai beaucoup observé les écritures de mes professeurs, pour comprendre quels éléments les rendaient indiennes et quels traits des lettres les différenciaient vraiment les unes des autres. Certains des enseignants écrivaient vite et mal, mais j’adorais essayer de déchiffrer leurs écritures et à la fin je me débrouillais bien.

Un de mes professeurs mangeait même du paan pendant ses cours. C’était assez dégoûtant mais dans le genre « Incredible India » c’était amusant, et c’était un défit de plus d’essayer de le comprendre quand il parlait la bouche pleine !

Après l’obtention de mon diplôme j’aurais pu continuer à étudier encore deux ans, mais j’avais atteint un niveau de compétence suffisant pour bien communiquer et je n’avais pas envie d’étudier la littérature et la poésie hindi.

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