Si vous ne l’avez pas encore lu : Enfin une cérémonie de mariage ! Partie 1

Après la cérémonie religieuse

Après le rituel Amma m’a dit que je pouvais me changer. Je m’étais demandé si je voulais enlever mon sari ou si je voulais le garder pour la journée, mais ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde : je suis allée directement à mon armoire pour sélectionner un de mes plus beaux ensembles. Un seul m’allait encore avec mon ventre rond. Dans l’après-midi les températures ont baissé de toute façon alors c’était mieux de porter quelque chose de plus chaud et confortable…

Le rituel de mariage avait pris tellement de temps (enfin encore heureux, le mien n’avait pas duré toute la nuit !) que j’ai pris mon repas de « midi » à 17h, et je ne savais pas par quel miracle je n’avais pas faim. Après le repas je suis allée jeter un coup d’œil à la tente depuis la terrasse. Le dîner était presque prêt et ça sentait bon, mais j’étais tellement rassasiée que c’était drôle de penser déjà au dîner ! Puis je suis retournée dans ma chambre pour faire la sieste que j’avais voulu faire avant la cérémonie et j’ai réussi à dormir une bonne demi-heure.

Quand je suis sortie de ma chambre, vers 19 heures, certains invités avaient déjà commencé à manger, et Amma m’a invité à faire pareil, mais je n’avais pas faim du tout ! Je ne savais pas quoi faire et où aller, la maison était tellement animée que je me sentais un peu perdue. Finalement, je suis montée voir ce qui se passait. Lors d’occasions familiales « officielles », les hommes et les femmes sont toujours séparés. Les femmes sont à l’étage alors que tous les hommes sont en bas ou à l’extérieur. Mes belles-sœurs et d’autres cousines se préparaient pour la soirée dans la chambre. La pièce était tellement remplie de femmes qui bavardaient et riaient que je ne pouvais même pas entrer. Alors je me suis assise  par terre près de la porte et j’ai regardé le spectacle.  Elles prenaient leur temps, se peignaient, essayaient différentes coiffures, se poudraient le visage… Moi je portais déjà mon bel ensemble et j’avais jugé que mon maquillage du matin était encore correct, mais j’ai commencé à sentir un complexe d’infériorité de ne pas songer à me préparer pour la soirée. Je n’y peux rien, quoi que je fasse, les femmes indiennes m’ont toujours paru plus belles et élégantes. J’ai envisagé de me remettre en sari, mais je me sentais bête de devoir demander de l’aide car elles étaient tellement occupées à se préparer. Et puis finalement il faisait trop froid et je voulais garder mon gros ventre couvert pour éviter de tomber malade. Je suis quand-même redescendue dans ma chambre pour retaper un peu mon maquillage, et je me suis fait une coiffure simple en m’enroulant deux mèches de cheveux en épingles de chaque côté du visage. Quand je suis remontée voir les femmes je me sentais un peu mieux et toutes m’ont dit que j’étais ravissante, mais je ne pouvais pas trop les prendre au sérieux ! Elles avaient les cheveux bien plus longs, plus épais et plus beaux que les miens, des coiffures plus sophistiquées, du beau rouge à lèvres… (Je n’aime pas le rouge à lèvres sur moi, alors j’en choisis toujours un discret.) D’un côté, je me sentais « inférieure » car je me comparaient à elle, mais au fond je m’en fichais et je ne pouvais pas m’empêcher de préférer la beauté naturelle, sans maquillage, tellement plus confortable et facile à supporter.

La soirée

Evening meal

Repas du soir

Pendant environ deux heures j’ai alterné entre rester assise avec les femmes et aller regarder la réception dans la tente du haut de la terrasse. Vers 9 ou 10 heures, je suis descendue. Des copains de Kishan essayaient d’installer une sono avec nos anciens haut-parleurs et notre ordinateur portable, mais cela ne fonctionnait pas très bien. En quelques minutes, un autre copain a apporté son équipement de DJ en guise de cadeau pour nous, et très vite les deux énormes enceintes  se sont mises à hurler de la musique Bollywood !

Sound system

La sono

Evidemment, c’était bien trop fort et mes tympans commençaient déjà à se détériorer, alors je me suis dit que pour notre cérémonie j’allais quand-même mettre mon grain de sel ! Je suis allée voir les mecs et je leur ai demandé de baisser un peu le son. Je ne voulais pas être vieille et chiante,  et j’avais bien envie d’écouter de la musique dansante, mais je voulais rester raisonnable et surtout je ne voulais pas avoir mal aux oreilles ! Mais les Indiens ne pouvaient tout simplement pas comprendre ma demande. Bien que la musique soit encore très forte, un ami de Kishan s’est plaint à moi en disant qu’il n’entendait pas assez bien la musique et qu’il n’avait plus l’impression que c’était la fête ! Un autre a baissé beaucoup trop le son et j’ai dû lui expliquer que ce n’était pas ce que je voulais non plus. Au final, je suis allée régler le volume moi-même, mais mon intrusion bizarre a perturbé les hommes à un tel point que l’un baissait le volume, puis un autre le remettait trop fort, puis encore un autre leur expliquait que je voulais que la musique soit moins forte, puis se plaignait que le volume était trop bas… La musique s’est mis à faire du yoyo car les mecs ne pouvaient pas s’empêcher de tripoter le bouton du volume après que je l’aie réglé comme je voulais. Puis un oncle (au sens large du terme) a rappliqué et a commencé à crier que je ne supportais pas la musique et il a tout arrêté !!! J’ai essayé de m’expliquer à lui aussi mais il n’écoutait pas ou ne comprenait pas, alors j’ai abandonné et il n’y a plus eu de musique pendant un certain temps !!! Je ne comprendrai jamais la subtilité de ma demande, impossible à comprendre pour ces incroyables Indiens… Mais qu’ils sont drôles !

En attendant la musique je suis allée trouver Kishan, que j’avais à peine vu de la journée sauf pendant la cérémonie religieuse puisqu’il était submergé de « travail ». Je lui ai dit que comme c’était « notre » soirée, je ne tolérerais pas de ne pas manger avec lui, que je commençais à avoir faim et que je l’attendrais. Il m’a répondu que je devrais attendre que les femmes viennent manger pour manger avec elles, ou au moins je devrais attendre que tous les  anciens (hommes) aient fini de manger (le respect des anciens…). Au moment où nous aurions pu manger ensemble, il a fallu qu’il aie un nouveau truc à faire (connecter un tuyau à la pompe à eau de la maison car notre réservoir était vide) et une fois fait il est enfin venu pour manger avec moi ! (NB: En Inde on ne mange généralement pas tous ensemble mais quand on a faim.)

Je me suis demandée si la nourriture serait épicée à mort, mais non, le repas était absolument délicieux : un mélange de légumes, un plat succulent de matar paneer (fromage indien et petits pois), salade, papadum, raita, puri (pains plats fris), puris farcis aux épinards, et rasgulla pour le dessert. Le tout pas trop épicé, pas trop gras, pas trop salé, et pas trop sucré, miam miam miam ! J’étais aussi contente de voir que la nourriture était bel et bien servie dans des assiettes non jetables, donc aucun de ces horribles plateaux en polystyrène ne finirait enfoui sous la terre. Malheureusement, il y avait quand-même des verres et des couverts en plastique, mais au moins les verres de chai étaient en carton…

Party

Piste de danse devant la maison

Et puis, soudain, la musique est revenue, beaucoup trop forte, mais j’avais compris ma leçon et je ne me suis pas acharnée à essayer de baisser un peu le volume. J’étais contente que la musique reprenne, même du Bollywood, car j’étais de bonne humeur. A un moment donné j’ai vu le frère de Kishan et son meilleur ami se précipiter sur la « piste de danse » (c’est-à-dire la route devant notre maison) pour se mettre à faire des mouvements vraiment drôles. Je ne l’avais jamais vu danser, je ne pensais même pas qu’il savait le faire, et j’ai trouvé ça hilarant ! Je riais en les regardant agiter les bras dans tous les sens. Un de nos voisins a ensuite rejoint le groupe, littéralement il a sauté dans le tas, et il était encore plus drôle ! Il bougeait tout son corps grand et maigre comme un robot ! Les DJ par contre étaient vraiment nuls. Quand ils regardent la télé, les Indiens (que je connais) zappent constamment de chaîne en chaîne plutôt que de se concentrer sur un seul programme. De la même façon, les DJs ne savaient pas mettre une chanson en entier, il fallait qu’ils l’arrêtent au bout de deux minutes pour en jouer une autre !! Quand la musique s’arrêtait les danseurs arrêtaient leurs mouvements et criaient sur les DJs, et quand elle revenait ils se remettaient à gigoter. La soirée a continué comme ça pendant un bon moment. Des hommes plus âgés mâchouillaient leur tabac et leurs noix de bétel assis à côté des danseurs autour d’un feu, tandis que les femmes regardaient les danseurs depuis la maison. Une fois que les invités les plus vieux et « respectés » sont partis et qu’il ne restait plus que les proches membres de la famille et quelques amis, ceux (et celles !) qui n’avaient pas osé danser auparavant s’y sont mis à leur tour. Deux des beaux-frères de Kishan ont fait le pas à ma grande surprise ! Quelques jeunes essayaient de pousser les plus timides pour les faire danser, mais les pauvres étaient vraiment mal à l’aise et se débattaient pour s’enfuir. Bien sûr, tout le monde voulait que je danse mais j’étais timide aussi, car bien que j’adore danser, Bollywood c’est pas ma tasse de thé, et surtout cela me refroidit d’être un monstre de foire que tout le monde veut regarder ! Alors soit je dansais avec mes petits neveux, soit je dansottais sans conviction. Je ne voulais pas trop agiter mon ventre non plus. Je pense que pendant toute la soirée j’ai réussi à danser avec Kishan pendant une minute top chrono…

Party

Piste de danse devant la maison

Au bout d’un moment, des percussionnistes folkloriques (cliquez ici pour avoir une idée sonore) sont arrivés et ont remplacé la musique de Bollywood. À ce moment-là, deux de mes belles-sœurs on dansé un peu, en remuant les bras et les hanches très « Indian style ». Mais elles ne dansaient pas plus de deux minutes à la fois tellement elles étaient gênées. Une tante s’est mise à danser et y allait à fond, mais à part elles trois aucune femme n’a dansé. Je suppose que toute cette répression, cette timidité est due aux règles hindoues et à « qu’est-ce-que les voisins diraient ? » Je trouve cela tellement triste… Mais bon la soirée étaient bien sympathique quand-même. À la fin, il faisait vraiment froid alors je suis allée chercher un pull épais, et j’ai profité de ma capuche pour cacher des boules Quies, car la musique de Bollywood avait repris et je ne supportais plus les décibels !

La soirée s’est terminée vers 2 heures du matin et bien qu’il y avait beaucoup de choses à ranger, j’avais vraiment besoin de me coucher. Certaines personnes dormaient déjà et la maison entière s’était transformé en dortoir. Nous avions loué des piles et des piles de couettes (qui servent aussi de matelas) pour que tout le monde puisse dormir par terre. Quand je me suis réveillée pour aller aux toilettes vers 5 heures du matin, j’ai dû enjamber tous les corps en route vers la salle-de-bains. Toutes les pièces de la maison étaient remplies, à part les salles de bains et la cuisine ! Deux cousins ​​et une tante dormaient par terre dans notre chambre, et j’étais bien contente d’avoir mon lit pour moi toute seule. Kishan évidemment ne pouvait pas dormir avec moi car nous avions trois invités dans la chambre, alors il dormait avec un oncle dans le magasin. Quatre ou cinq personnes étaient allongées dans le hall (qui est normalement le garage de nos deux vélos et de la moto), avec encore plus de monde dans les chambres et dans le salon. Kishan m’a dit que nous étions environ quarante personnes à dormir à la maison au total ! Oh, et au fait, nous n’avons pas nourri cinquante personnes mais environ 250 !!!

La maison était bien remplie pendant presque une semaine après la cérémonie.

 

Publicités