Et notre mariage secret, ça s’est passé comment au juste ? Si vous ne l’avez pas encore lu, lisez aussi Relation secrète : Développement et révélation.

Notre mariage secret : Obtention des informations

Nous avons décidé de nous marier début 2011. Nous voulions le faire en avril mais nous n’y sommes pas arrivés. Il faut dire que se marier en Inde, ce n’est pas de la tarte ! C’est difficile d’obtenir les informations nécessaires quand il s’agit de paperasse, et c’était encore plus délicat pour nous puisque nous voulions nous marier en secret. Evidemment nous ne voulions pas le faire à Khajuraho. Nous avons pensé à Varanasi, et je rêvais d’une belle cérémonie près du Gange avec certains de mes amis amoureux de l’Inde, quelques membres de ma famille française, et comme témoin mon professeur de violon (Gourouji, comme on appelle nos professeurs ou gourous en Inde). J’ai donc demandé à Gourouji s’il pouvait être mon témoin, mais c’était difficile parce qu’il joue souvent en concert en dehors de Varanasi. Pour nous aider, il m’a donné les coordonnées d’un avocat qu’il connaissait. Kishan et moi sommes allés le voir plusieurs fois, puisque celui-ci nous avait assuré que nous pourrions nous marier à Varanasi. Il nous a donné une liste de documents à fournir, mais une fois que nous lui avons remis le dossier, il a arrêté de répondre à nos coups de fil ! Plus tard, un ami nous a recommandé un autre avocat. Celui-là par, contre nous a dit qu’on ne pouvait pas se marier à Varanasi, pour la simple raison qu’aucun de nous deux n’était originaire de Varanasi. J’y étais résidente à l’époque, mais en tant que citoyenne française avec un visa étudiant, ce n’était pas possible. J’ai abandonné l’espoir de me marier dans la Ville de Lumière…

À Khajuraho, un ami de Kishan qui était marié à une Belge nous a dit qu’il était possible de payer une avocate de Delhi assez cher et qu’elle s’occuperait de tout pour nous. Kishan voulait se marier à Delhi car les avocats connaissent bien mieux les procédures qu’à Khajuraho, et de là-bas nos papiers seraient probablement plus officiels ! Son ami nous a donné le numéro de téléphone de l’avocate et nous l’avons contactée. Je n’ai jamais su comment Kishan s’est débrouillé pour cacher le fait que nous voulions nous marier quand il a demandé conseil à son ami…

Notre mariage secret : Collecte des documents

Il nous a fallu environ six mois pour obtenir tous les documents nécessaires. Heureusement, Kishan avait déjà un passeport quand je l’ai rencontré ! Il a d’abord dû faire faire son acte de naissance car il n’en avait pas. Cela lui a pris beaucoup d’efforts car les employés du bureau ne faisaient pas leur travail et Kishan ne voulait pas leur donner de bakchich. Finalement il a du gifler un des employés pour qu’il daigne faire son travail ! (NB : Je ne recommande à PERSONNE de gifler les employés !) Il lui aura fallu un bon mois pour obtenir son acte de naissance. Pour qu’il soit accepté par la loi française, nous devions faire attester le document par le Home Department de Bhopal (la capitale de son État d’origine, le Madhya Pradesh). Nous avons dit à sa famille que nous allions à Delhi car j’avais du mal à renouveler mon visa étudiant et nous sommes allés à Bhopal. Là-bas j’ai dû rédiger une lettre de motivation et remettre tous les documents relatifs à mes études et à ma résidence à Varanasi. L’employé du bureau voulait aussi que la liste des documents requis par l’ambassade de France à Delhi soit traduite en anglais (par l’ambassade) pour s’assurer que nous avions vraiment besoin que l’acte de naissance soit attesté ! J’ai donc téléphoné à l’ambassade de France, ils m’ont dit qu’ils n’étaient pas en mesure de délivrer une traduction et que personne ne l’avait jamais demandé auparavant ! L’employé essayait manifestement se faire des sous… Je me suis mise à pleurer de frustration dans le bureau (je suis très forte pour pleurer dans les bureaux en Inde !) Après quatre jours stressants, Kishan a finalement accepté de donner un bakchich et l’homme a tamponné son acte de naissance… L’employé voulait quand-même qu’on lui envoie la traduction du papier de l’ambassade le lendemain, mais évidemment on est parti et on n’a jamais fait faire de traduction !

Quelques mois plus tard j’ai dû faire publier notre projet de mariage à l’ambassade de France (publication des bans) pour obtenir un certificat de capacité à mariage. Cela nous a coûté un autre voyage pour la capitale et environ cinq semaines avant l’obtention du document, mais comme pour toutes les procédures administratives du côté français, c’était facile !

« Mariage spécial » ou mariage au temple ?

J’avais refusé de me marier en secret pendant longtemps car j’avais trop peur de blesser la famille de Kishan. J’avais finalement accepté mais je voulais seulement faire un mariage civil, car en Inde rurale la plupart des gens n’ont de toute façon aucun document légal prouvant leur mariage. Cela voulait dire que seul le mariage religieux comptait aux yeux de la famille, et que nous aurions dû nous occuper du mariage civil tout seuls, que la famille soit au courant ou non. Bref j’avais donc accepté de me marier en secret, mais je ne voulais absolument pas me marier dans un temple pour ne pas les blesser. Cependant il y avait deux façons de procéder. La première consistait à commencer par le mariage civil (cette procédure s’appelle « special marriage ») et la seconde à se marier d’abord dans un temple puis faire transcrire l’acte de mariage religieux au Registre des Mariages. La deuxième option, nous avait-t-on dit, était beaucoup plus simple et rapide que la première. Cela me dérangeait au début, mais quand j’ai appris que les hindous pouvaient se marier autant de fois qu’ils le voulaient avec la même personne, j’ai accepté de choisir l’option la plus facile et de me marier d’abord au temple. Nous pourrions organiser une deuxième cérémonie religieuse avec la famille plus tard.

Notre mariage secret : Le jour J

Mi-novembre 2011, quand nous sommes allés à Delhi pour présenter notre dossier à l’avocate, nous pensions que nous ne resterions que quelques jours et que nous devrions faire une « demande » de mariage. D’après ce qu’on avait compris, on devait encore attendre un ou deux mois avant de pouvoir se marier. En fait, l’avocate nous a dit que notre dossier était complet et que nous pouvions nous marier le lendemain si nous voulions ! Nous n’en croyions pas nos oreilles ! Nous étions vraiment heureux, mais quelle surprise ! Nous nous sommes donc mariés deux jours plus tard !!! La cérémonie religieuse a duré une trentaine de minutes, mais les papiers qui ont suivi nous ont retenu à Delhi pendant dix jours. Nous étions tout seuls au temple. Je n’avais pas de vêtements spéciaux avec moi, ni même mon appareil photo, alors nous avons dû en louer un argentique au temple pour 300 roupies ! Un gars du temple a pris des photos très mal cadrées qui me rappelaient les photos nulles que je prenais en voyage scolaire quand j’étais au collège ! Pour que le mariage soit accepté dans la loi française, j’ai finalement aussi accepté de me convertir à l’hindouisme. Cela ne veut pas dire grand chose pour moi, la religion n’est pas plus qu’une étiquette à mes yeux et je suis et resterai toujours « juste moi ».

Notre mariage secret : dans le bureau de l'avocate

Notre mariage secret : dans le bureau de l’avocate

Nos dix jours de paperasse étaient très intenses, mais l’avocate était vraiment super. Elle a tout organisé pour nous, et cela nous aurait pris beaucoup plus de temps, d’énergie, de stress, et sans doute aussi d’argent si nous avions dû nous débrouiller tout seuls. Elle était chère, mais elle nous a probablement fait pas mal économiser en bakchich ! Elle nous a même rédigé un faux bail pour « prouver » que Kishan vivait à Delhi depuis trois mois, puisqu’on doit être un résident à Delhi depuis trois mois minimum pour pouvoir s’y marier ! J’avais tellement peur que le bureau du Registre des Mariages et l’ambassade française découvrent la vérité que nous avons inventé une histoire au cas où ils nous demanderaient plus de détails (bien sûr ils ne l’ont pas fait). J’ai aussi essayé d’apprendre notre fausse adresse par cœur mais j’oubliais la moitié à chaque fois. Trois jours après le mariage au temple nous sommes allés au Registre des Mariages pour faire enregistrer notre mariage dans la loi indienne. L’avocate a loué notre témoin pour 500 roupies, une femme très sympathique qui est venue avec son fils. Entre temps mon Gourouji  était rentré (la veille !) d’une tournée de deux mois au Mexique, alors bien qu’il n’était pas mon témoin officiel, il est venu avec nous !!! Cela s’est fait complètement à la dernière minute, comme par miracle ! En arrivant il m’a dit que c’était Dieu qui l’avait envoyé. Nous n’avions même pas prévu la date de notre mariage et il avait quand même réussi à venir ! J’étais aux anges !

Pinterest : mariage secret

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Nous avons dû faire traduire notre acte de mariage civil de l’anglais au français. La loi indienne avait accepté que je traduise mon certificat de capacité à mariage du français à l’anglais moi-même sur l’ordinateur de l’avocate dans son bureau (!!!) et ma traduction avait été approuvée et certifiée conforme sans vérification!!! La France, par contre, acceptait seulement une traduction officielle de l’Alliance Française, évidemment ! Au passage, pendant que je travaillais au bureau de l’avocate, son mari, lui aussi avocat dans le bureau d’à côté, m’a demandé pourquoi Diable j’avais décidé d’épouser un indien en Inde. Sous son regard perplexe, je lui ai expliqué en hindi pourquoi j’aimais son pays et pourquoi je ne pensais pas que tout était parfait en Europe… Nous devions aussi faire apostiller notre acte de mariage et l’acte de naissance de Kishan pour qu’ils soient acceptés par les autorités françaises, mais l’avocate s’en est occupé pour nous donc ce n’était pas un souci.

Une fois l’acte de mariage apostillé, nous avons demandé sa transcription dans la loi française à l’ambassade de France. C’était la dernière étape, après quoi nous avons finalement pu quitter Delhi. Dix jours plus tard, l’ambassade de France m’a informé que notre livret de famille était prêt. J’étais au paradis! Nous étions mariés aux yeux de la France à présent, et pour moi c’était la victoire : Kishan allait enfin avoir un visa pour venir en France et rencontrer ma famille !

La suite : Enfin une cérémonie de mariage : Partie 1

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