Ma première fois en Inde en 2005 m’avais tellement marquée que dans l’avion de retour je savais déjà que j’y retournerais pour longtemps un jour, et je voulais apprendre l’hindi. Je voulais explorer ce pays incroyable et savoir exactement pourquoi sa culture m’avait tant fascinée et touchée. J’avais adoré ses enfants souriants, et les lectures de Sept Ans au Tibet et d’une biographie de Mère Teresa m’avaient donné envie d’exprimer l’amour profond que je portais pour l’Inde en aidant ses enfants, pourquoi pas en leur enseignant l’anglais, ou en donnant des soins à qui que ce soit. Je ne savais pas encore exactement quoi et qui mais ce n’était pas grave, je savais que je voulais apporter mon support à l’Inde.

Un an en Inde : La marque indélébile de l’Inde

Je suis rentrée en Ecosse où j’habitais à l’époque. J’y ai trouvé un travail fantastique en tant qu’auxiliaire de vie auprès de personnes handicapées et j’avais presque une situation stable. Quelques mois, puis deux années se sont écoulées. Par moment j’oubliais l’Inde, mais régulièrement l’évidence me revenait en pleine figure. Une superbe classe de yoga venait me rappeler que je voulais l’étudier en Inde, un concert de musique classique indienne au centre de yoga ou un atelier de Dhrupad fascinants m’emplissaient de joie. Puis mon « petit frère indien » me téléphonait sur un fond de klaxons de rickshaws pendant cinq minutes, et il m’envoyait une carte dont le parfum m’accablait de vifs souvenirs quand je la sortais de son enveloppe. Un livre fascinant sur l’Ayurveda éveillait ma curiosité sur les traitements de panchakarma en Inde, un ami me présentait à ses voisins indiens qui m’aidaient avec l’écriture du Devanagari, ou l’écran d’un cinéma balançait les magnifiques images et sons colorés de Varanasi (Water de Deepa Mehta), me renvoyant en Inde pendant deux heures…

Working with people with learning difficulties in Scotland

Auxilaire de vie en Ecosse

Je ne pouvais évidemment pas ignorer tous ces signes. Quand je reçus l’argent de la succession de mon grand-père décédé quelques années plus tôt c’était parti. Je n’avais plus aucune motivation à gagner ma vie en Écosse…

Un an en Inde : Départ d’Ecosse

En mai 2007, j’ai lentement commencé à organiser mon départ d’Écosse. Après sept ans il fallait que je m’en aille, car la culture écossaise me pesait bien que j’adorais Edimbourg. J’en étais venue à un point où je n’avais plus le choix : c’était évident que si je ne ne partais pas en Inde, si je continuais ma vie telle qu’elle était, j’avais envie de me cogner la tête contre un mur. Je devais passer par cette expérience indienne, car elle faisait clairement partie de mon parcours dans la vie. Je ne savais pas pourquoi et je devais passer par là pour le savoir. Certains jours j’étais toute excitée à l’idée de partir, d’autres complètement effrayée, mais la peur ne dépassait jamais le sentiment d’ impasse qui m’emplissait si j’imaginais rester en Ecosse. Je n’avais donc pas le choix, et environ six mois avant de partir je « me suis vue » préparer le déménagement, comme par automatisme, par évidence, sans aucun doute… Je ne savais pas où je voulais « m’installer », et « s’installer » n’était pas un verbe qui ne me parlait beaucoup à l’époque, mais en attendant il fallait que je passe par l’Inde. Peut-être six mois, peut-être un an, peut-être plus, ou peut-être moins si c’était trop difficile. Aussi longtemps qu’il le fallait…

J’avais beaucoup d’idées sur ce que je voulais faire. Il y avait le Yoga et l’Ayurveda, une retraite de méditation Vipassana, l’hindi, du bénévolat avec des enfants, et retourner voir mon « petit frère indien » à Khajuraho. J’avais commencé le violon en 2005 et il était hors de question de quitter mon instrument pendant si longtemps, alors je le prendrais avec moi. J’avais plein d’idées mais pas de plans, car je voulais absolument que mon aventure indienne se passe dans le moment présent. Je voulais prendre la Vie comme elle venait et voir où Elle allait me mener…

Un an en Inde : Inde du sud

One year in India: with B'eirth & Michael Northam at Adishakti

Un an en Inde : avec B’eirth et Michael Northam à Adishakti au Tamil Nadu

Mes amis musiciens B’eirth (In Gowan Ring) et Michael Northam avaient également l’intention d’aller en Inde fin 2007, alors nous avons décidé de voyager ensemble pendant les deux premiers mois puis de nous séparer. Nous nous sommes envolés pour Mumbai en novembre 2007 pour prendre la route vers le sud en passant par Goa et le Kerala. Après quelques jours en compagnie d’un artiste indien sur l’idyllique île « Kakkathuruth » (île aux Corbeaux) près de Kochi, nous avons fait du yoga dans l’ashram Shivananda près de Trivandrum. Mi-décembre, nous sommes arrivés à Pondichéry (Tamil Nadu) pour faire une retraite artistique à Adishakti pendant deux semaines. Mes amis travaillaient sur leurs projets respectifs pendant que je pratiquais mon violon. Ils ont joué à quelques concerts et j’ai chanté pour eux. J’ai aussi passé dix jours très intenses et remplis d’énergie dans l’ashram d’Amma à Amritapuri au Kerala, puis je suis retournée à Tamil Nadu pour explorer Auroville pendant trois semaines.

One year in India: backwaters view from the top of Amma's Ashram, Kerala

Un an en Inde : Une vue à couper le souffle du 11e étage de l’ashram d’Amma

BKS Iyengar's Institute, Pune

BKS Iyengar’s Institute, Pune

Fin janvier 2008, j’ai quitté mes amis pour continuer la route toute seule, enfin sauf qu’on est rarement seul en Inde. Je voulais remonter jusqu’à Khajuraho, mais comme le trajet en train et en bus était de presque cinquante heures, je me suis arrêtée à Pune dans le Maharashtra. J’ai appris le yoga Iyengar pendant sept ans en Écosse et je voulais aller voir le Ramamani Iyengar Memorial Yoga Institute pendant que BKS Iyengar était encore vivant (il avait alors presque 90 ans). Moins d’une heure après mon arrivée au centre, j’ai tourné la tête et à ma grande surprise mon regard s’est posé sur BKS en personne. Des larmes d’une émotion intense se sont mises à couler sur mes joues et j’ai pleuré pendant une bonne demi-heure en le regardant signer des papiers. Réalisant que mon but à Pune avait été atteint, je ne suis restée qu’une nuit et j’ai repris la route pour Khajuraho le lendemain.

Un an en Inde : Khajuraho

Foot operation on the wooden table

Opération du pied sur la table en bois

J’ai passé deux mois et demi à Khajuraho dans la famille de mon « petit frère indien », plongée dans la vie traditionnelle. Je me suis mise sérieusement à l’étude du hindi et j’ai essayé d’enseigner l’anglais dans une petite école sans grand succès. C’est là aussi que ma relation secrète avec Kishan a commencé…. J’ai passé beaucoup de temps avec les enfants du quartier, je les ai aidé en anglais tout en pratiquant joyeusement avec eux mes compétences rudimentaires de l’hindi. Et puis je me suis fait opérée du pied gauche sur une table en bois sale (une grande leçon de lâcher prise !) et pendant un mois je n’ai pas pu marcher. Je n’ai jamais considéré cette opération comme un problème, car elle m’a permis de mieux comprendre la culture indienne, si différente. Et la famille a tellement bien pris soin de moi que j’étais heureuse de vivre une telle expérience.

One year in India: Indian children & family love

Un an en Inde : enfants indiens et amour familial

Quand j’ai pu remarcher il était temps pour moi de partir. Mes premiers six mois en Inde s’achevaient, alors je devais soit rentrer en Europe soit faire un saut au Népal pour faire faire un nouveau visa. J’ai évidemment choisi la deuxième option, car je n’avais certainement pas rempli ma mission en Inde. Malgré les connaissances incroyables que j’avais acquises en vivant dans une famille indienne traditionnelle, j’avais été complètement dépendante d’eux et j’avais de nouveau besoin de voler de mes propres ailes. De toutes les choses que je voulais faire au départ, à part rendre visite à mon « petit frère indien » je n’avais rien fait du tout ! Mais je ne savais pas par où commencer (continuer !), quoi faire et où aller. Varanasi était une bonne destination parce que j’avais adoré la ville sainte en 2005 et car de là je pouvais facilement me rendre au Népal. Mais pour y faire quoi ?

Un an en Inde : Varanasi

A peine une semaine avant de quitter Khajuraho, mon ami Michael, qui était à Varanasi, m’a envoyé un texto dans lequel il me disait qu’il avait trouvé « LE prof de violon à Varanasi » et qu’il lui avait parlé de moi ! Je n’en revenais pas ! J’avais découvert l’existence du violon indien par hasard quelques semaines après avoir quitté l’Écosse en septembre 2007, et mes amis musiciens m’avaient encouragé à l’apprendre, mais je ne savais pas si je voulais m’embarquer dans une aventure si longue et complètement inconnue. Cependant je n’en pouvais plus de répéter mes petits morceaux de violon en boucle, alors il était évident que la Vie m’envoyait rencontrer le prof de violon indien à Varanasi.

Varanasi

Les buffles se baignent dans le Gange à Varanasi

Je suis arrivée à Bénarès en avril 2008. Kishan avait décidé de venir avec moi pour la première semaine car il avait peur de me voir partir seule. Il voulait aussi me protéger des arnaqueurs et rencontrer le prof de violon pour savoir s’il pouvait lui faire confiance. C’était incroyable d’être à Varanasi avec mon ami indien car il m’a donné tous les bons conseils pour éviter arnaques et harcèlement. Tout le monde nous regardait dans les rues et imaginait probablement que Kishan était un guide douteux… Nous avons logé dans un hôtel avec vue sur le Gange juste au-dessus du petit ghât des crémations, Harischandra. Un jour après mon arrivée, j’ai pris ma première leçon de violon indien avec Pt. Sukhdev Prasad Mishra qui m’a enchantée.

Beginning of my Indian violin journey with Pt. Sukhdev Mishra

Début de mon aventure de violon indien avec Pt. Sukhdev Prasad Mishra

Après une semaine à Varanasi, je suis allée au Népal pour faire faire un nouveau visa indien. Je ne me sentais pas bien du tout là-bas car tout ce que je voulais c’était retourner en Inde. Après neuf jours, j’ai finalement récupéré mon passeport et le timbre magique dedans. J’ai pris encore une semaine de cours de violon à Varanasi, mais mon gourou devait partir en Europe pour trois mois et il commençait à faire terriblement chaud. Je ne pouvais pas rester, il fallait aller plus au nord. Je voulais désespérément continuer les cours de violon alors Sukhdev m’a donné le nom d’un autre prof de violon dont il avait entendu parler à Rishikesh, mais il n’avait pas son numéro de téléphone ! A Rishikesh j’étais aussi intéressée par une retraite de yoga.

Un an en Inde : Rishikesh

Les premiers jours à Rishikesh j’étais complètement perdue. Il faisait encore très chaud et j’étais complètement dépassée par le nombre d’ashrams touristiques dans cette « capitale mondiale du yoga ». Je ne voulais pas d’une expérience touristique, moi ! J’ai trouvé une école de yoga Iyengar qui me semblait plus authentique dans le centre-ville, mais il n’y avait pas d’étrangers du tout dans cette partie de la ville et je devais avouer que cela me faisait peur ! Mon premier cours de yoga a eu lieu dans une salle remplie d’une cinquantaine d’hommes indiens avec un professeur très laid qui criait beaucoup. J’avais tellement peur que je devais vraiment me concentrer pour ne pas me sauver en courant. J’ai mené ma petite enquête pour trouver le nouveau prof de violon mais ce n’était pas évident sans son numéro de téléphone, et partout où j’allais les gens ne connaissaient pas son nom ! Finalement, alors que je m’étais avouée vaincue et avais décidé de reprendre la route pour Dharamsala, j’ai trouvé une petite école de musique qui le connaissait. J’ai finalement rencontré Shivananda et j’ai compris que j’étais sensée rester à Rishikesh.

Shivananda & his pupils

Shivananda et ses élèves

Je me suis habituée à l’école de yoga, que des femmes ont commencé à fréquenter par la suite. Pendant un mois j’ai pris des cours de violon matin et soir dans la petite école de musique caritative que tenait Shivananda. C’était merveilleux d’étudier le violon dans une classe remplie d’enfants, parfait pour s’habituer au système de notes en sanskrit et excellent pour pratiquer l’hindi. J’ai trouvé une jolie chambre dans le charmant petit ashram de Swami Rama, au bord du Gange. A la fin du mois de mai, j’ai déménagé au Swami Dayananda Ashram pour une retraite de yoga de 10 jours. Pendant la retraite j’ai aussi trouvé le temps de pratiquer mon violon quatre heures par jour, parfois même avec un chanteur du sud de l’Inde rencontré à l’ashram. J’y suis restée encore quelques jours après la retraite de yoga pour prendre des cours de sanskrit avec un Swami très rigolo, puis je suis partie pour une thérapie ayurvédique de panchakarma de 10 jours au Himalayan Institute de Swami Rama à Dehradun. Après la thérapie, je suis retournée dans son ashram tranquille pendant encore deux semaines, pour pratiquer yoga et violon.

Violin practice in Rishikesh

Pratique de violon à Rishikesh

Un an en Inde : De retour à Varanasi et Khajuraho

Mi-juillet 2008 mon gourou rentrait de sa tournée européenne, et le lendemain de son retour j’étais à Varanasi pour des nouvelles leçons quotidiennes. Il faisait encore très chaud et je devais régulièrement pratiquer le violon presque nue sur mon lit mouillé de transpiration, car mon ventilateur bien-aimé s’arrêterait régulièrement pendant les coupures de courant. C’était parfois horrible mais j’adorais Varanasi, et pendant que Sukhdev était là je ne pouvais m’empêcher de prendre des cours de violon. Après deux semaines, fin juillet, mon ami Niko avec qui j’étais allée en Inde pour la première fois revenait pour un mois. Je suis donc retournée à Khajuraho pour l’attendre. Après trois mois en solo, j’avais hâte d’être en compagnie de mon vieil ami !

Reunion in Khajuraho

Réunion à Khajuraho

C’était merveilleux d’être de retour à Khajuraho. En plus, il avait finalement plu pour la première fois après trois ans, et je n’ai pas retrouvé un Khajuraho jaune et sec mais vert et pluvieux ! J’ai donc passé encore un mois en compagnie de Kishan, dont près de deux semaines avec Niko et quelques jours en voyage dans le Madhya Pradesh tous les trois. C’était trop bon de passer du temps avec un ami occidental après huit longs mois en Inde…

Puis je suis repartie à Varanasi pour un mois de leçons quotidiennes avec Sukhdev et de pratique intense du violon. Je jouais tous les jours depuis le début du mois d’avril et j’avais fait des progrès considérables malgré sa longue absence. J’ai aussi fait du bénévolat à l’institution de Mère Teresa pendant trois semaines. Faire la lessive « à l’indienne » pour une cinquantaine de femmes (du travail à la chaîne) en frappant le tissu n’était pas facile par une telle chaleur ! Mais j’étais contente d’apprendre à faire les chapatis après avoir tant observé les soeurs de Kishan à Khajuraho. C’était une véritable méditation d’essayer de rouler mes chapatis pour qu’ils soient bien ronds, j’en oubliais le monde entier.

Indian classical music concert with Guruji

Concert de musique classique indienne avec mon « gourou »

Pinterest : un an en Inde

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J’ai quitté la belle ville de Varanasi pour la dernière fois cette année vers fin septembre. Je suis retournée à Khajuraho pour une dernière semaine d’« adieu » déchirants, puis j’ai lentement pris la route en direction de Mumbai. Après un an en Inde, cela me faisait tout bizarre de partir, alors j’avais besoin d’un moment de réflexion tranquille seule avant le départ. Je me suis arrêtée à Nagpur dans le Maharashtra pour une courte retraite de méditation Vipassana. Je voulais visiter les grottes bouddhistes d’Ellora près d’Aurangabad, mais au lieu de cela j’ai été hospitalisée pendant une journée et demie à cause d’un énorme furoncle. Ma joue était complètement enflée et je devais rentrer en Europe trois jours plus tard… L’infection m’a finalement quittée et je suis arrivée à Mumbai le matin de mon départ le 6 octobre. Je suis allée chez Ramesh Balsekar pour assister à l’une de ses conférences, quelque chose que j’espérais faire depuis longtemps, avant de m’envoler pour l’Europe.

Finalement, après un an en Inde j’avais fait à peu près tout ce que j’avais voulu faire mais dans des proportions complètement différentes. J’ai fait du yoga et une thérapie ayurvédique, mais j’ai peu enseigné l’anglais aux enfants et j’ai passé juste trois semaines à faire du bénévolat. Ce que j’ai fait surtout, c’est commencer deux relations pour la vie : celle avec mon futur mari et celle avec mon « gourou » de violon.

La suite : Nouvelle vie en Inde à partir de 2009

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