Je me suis encore beaucoup de questions sur mes options d’accouchement ces derniers temps, en particulier où accoucher en Inde. La plupart des femmes occidentales que je connais qui passent plusieurs mois de l’année en Inde ou qui sont mariées à des Indiens retournent dans leur pays d’origine pour accoucher, mais moi je ne veux pas accoucher en France. J’ai quitté mon pays il y a bien trop longtemps et je ne suis plus sur la sécurité sociale. Je n’ai même jamais eu de Carte Vitale ! Pour pouvoir me faire rembourser, il faudrait que je retourne en France au moins trois mois avant mon accouchement et je n’ai pas envie de rentrer si longtemps. Je me sens mieux en Inde, je suis plus détendue et je me sens chez moi ici.

Où accoucher en Inde : à la maison à Khajuraho ?

Si vous avez lu mon article Hôpitaux indiens : 8 heures pour une échographie, vous savez déjà pourquoi je ne veux pas accoucher à l’hôpital chrétien de Chhatarpur (la capitale du district de Khajuraho, à 50 km d’ici).

La seule autre option que je peux envisager à Khajuraho, c’est d’accoucher à la maison avec une sage-femme occidentale qui sera en Inde entre décembre et avril, et qui m’a dit le mois dernier qu’elle pourrait venir assister à ma naissance. Quelques heures à peine après avoir rejoint le groupe Birth India sur Facebook et leur avoir fait par de mes soucis, cette sage-femme prénommée Suyai m’a écrit un message en privé ! Je n’en revenais pas mais c’était une merveilleuse surprise ! Elle me proposait de venir avec tout son matériel deux semaines avant la naissance et de rester une semaine après. Quel luxe ! Une sage-femme occidentale tombée du ciel pour moi ! Le lendemain je lui ai parlé au téléphone pendant une heure. Elle a été formée en Angleterre et travaille actuellement aux États-Unis. Elle a le même âge que moi, j’ai trouvé qu’elle avait une bonne tête et j’ai beaucoup aimé sa voix (et son rire) au téléphone. Cette conversation avec elle m’a complètement bouleversée. Elle a soulevé des problèmes auxquels je n’avais jamais pensé, ce qui rend ma grossesse plus réelle que jamais. Elle a aussi beaucoup parlé spiritualité, ce qui m’a beaucoup plu. À la fin de notre conversation, nous avons bien sûr parlé de son tarif et  malheureusement le sien est trop élevé pour moi… Cela m’a un peu découragé, mais je n’abandonne pas encore l’idée pour le bien de mon bébé…

Je dois avouer qu’après avoir tant appris sur la naissance naturelle et sans violence de Frederick Leboyer  je rêve d’accoucher à la maison. Cependant il y a un gros « MAIS », ou plutôt « et si… ? ». Et s’il y a un problème à la maison, l’hôpital est à une heure de chez nous et je ne m’y sens pas bien. Sans oublier que je serai âgée de 39 ans lors de mon accouchement. Après avoir raccroché, mon esprit avait vraiment besoin de se reposer pour digérer. C’était comme si quelqu’un avait remué l’eau d’un lac avec un gros bâton. Le sable rendait l’eau trouble et il fallait attendre qu’il retombe lentement au fond pour qu’elle soit de nouveau limpide, pour y voir clair. J’ai longuement parlé à ma sœur, puis à Kishan et même à mon père. Ma sœur était très enthousiaste et Kishan aussi. J’ai demandé à mon père s’il pensait que j’étais folle, mais il m’a dit qu’il me faisait confiance. Après quelques jours mon esprit est clair, et effectivement le « et si ? » est toujours bien présent ! J’aimerais bien accoucher à la maison, mais il me faut une autre option sûre au cas où. Et à Khajuraho, il n’y en a pas…

Où accoucher en Inde : est-ce que je veux vraiment accoucher à la maison ?

Où accoucher en Inde : est-ce que je veux vraiment accoucher à la maison ?

Autre considération importante : et la belle-famille ? Aussi bienveillants soient-ils envers moi, je commence à craindre d’être accablée par leur présence. Deux de mes belles-sœurs nous ont rendu visite pour quelques jours avec leurs maris et enfants et je n’en pouvais plus. L’oncle de Kishan est venu quatre jours récemment, et à chaque fois qu’il ouvrait la bouche devant moi c’était pour me dire de porter des bracelets et des saris, ou encore que je devais organiser une somptueuse cérémonie de mariage avec Kishan lors de laquelle je porterais un sari brillant de mille feux. Il a même dit qu’il allait organiser le mariage lui-même, mais évidemment c’est n’importe quoi. J’en avais tellement marre que je passais le plus de temps possible dans ma chambre pour l’éviter.  Alors accoucher à la maison ?? Et si toutes mes belles-sœurs arrivent en même temps avant la naissance ou, pire encore, juste après l’accouchement alors que j’aurai besoin de me reposer ? Et si elles imposent leur façon de faire et de voir les choses ? Kishan m’a assuré qu’elles me laisseraient en paix, et je pense qu’il a raison, mais seulement jusqu’à un point. Les Indiens ne voient pas l’intimité de la même façon que les Occidentaux, malgré leurs plus gros efforts ! En plus je n’ai pas de vrais ami(e)s à Khajuraho à part Kishan ! Personne comme moi, personne avec qui je peux parler et être sans me limiter, et personne que je n’ai pas peur de choquer en levant d’innombrables tabous hindous. lors à un moment aussi personnel et intime que la naissance ? Pas question ! Je devrai faire les choses comme je les sens, être moi-même sans compromis ! Je veux le soutien d’une Occidentale, pas seulement celui de cette sage-femme que je ne connais pas encore…

Où accoucher en Inde : Phoenix Hospital à Delhi ?

À Delhi, je connais déjà le superbe Phoenix Hospital car c’est là que j’ai fait retirer mon stérilet en mai. J’en parle brièvement dans cet article. Cet hôpital est impeccable selon les normes occidentales, peut-être même trop pour moi !

Même si j’ai des amis qui habitent à moins de cinq minutes à pied de l’hôpital Phoenix, Delhi reste Delhi ! Est-ce que je veux y passer un à deux mois avant et après l’accouchement? Plus j’y pense, plus je me dis « Au secours ! » En plus, l’hôpital sera probablement bien trop cher pour nous lui aussi… Bref, Delhi n’est plus vraiment une option pour moi non plus…

Où accoucher en Inde : Ashok Care Home à Varanasi ?

Ashok Care Home, Varanasi

Ashok Care Home, Varanasi

Je suis rentrée hier après huit jours à Varanasi. Cela m’a fait beaucoup de bien de retourner dans la Ville de Lumière après cinq longs mois. J’ai pu passer du temps avec mes amis occidentaux, me promener le long du Gange et même aller à des concerts magnifiques, notamment ceux de la célèbre violoniste Hindustani N. Rajam et d’un sitariste au talent complètement fou, Niladri Kumar !

J’ai aussi pris le temps de visiter un petit hôpital situé à moins de cent mètres (!) de l’appartement que je partage avec mes amis à Assi Ghat, Ashok Care Home. C’est là que deux mamans occidentales que je connais ont accouché il y a quelques années, et toutes les deux m’avaient dit que ça s’était très bien passé.

Le fait que cet hôpital soit si petit est digne du miracle. En Inde, j’ai plutôt l’habitude d’établissements énormes bondés de patients qui attendent des heures sans manger avant d’être examinés par un médecin. (Encore une fois vous pouvez lire mon article Hôpitaux indiens : 8 heures pour une échographie pour vous faire une idée !)

Ashok Care Home est tellement petit que je m’y suis presque sentie chez moi. J’ai dit à la réceptionniste que j’étais enceinte de dix-sept semaines et que je voulais voir la docteure. La salle d’attente était modeste, jolie, propre, et pas très remplie. Au bout de dix ou quinze minutes seulement on m’a appelé pour voir la médecin, dans une pièce juste derrière la salle d’attente. Je me suis allongée sur le lit et une infirmière a pris ma tension, puis la docteure est entrée et a ausculté mon ventre. Enfin je suis allée dans la pièce voisine pour m’asseoir au bureau de la médecin, qui a sorti une feuille de papier et a commencé à écrire les résultats et une ordonnance. Son anglais était parfait et c’était un grand soulagement pour moi, car bien que je parle couramment l’hindi, c’est toujours difficile de parler de médecine en hindi. L’anglais me vient beaucoup plus naturellement quand il s’agit d’un sujet aussi délicat que la naissance, car je veux absolument tout comprendre.

Où accoucher en Inde : distance entre mon appartement et le petit hôpital de Varanasi

Où accoucher en Inde : distance entre mon appartement et le petit hôpital de Varanasi

La docteure était gentille. Elle m’a dit de faire un « test sanguin triple » qui permet de vérifier les anomalies du bébé en fonction du taux d’hormones. J’avais prévu de faire ce test à Varanasi et j’étais donc contente qu’elle corrobore ! Elle a également prescrit une deuxième échographie pour laquelle je pensais devoir attendre ma vingtième semaine, et elle m’a dit que le laboratoire insisterait probablement pour la faire en même temps que le test sanguin… Je lui ai posé deux autres questions sur sa façon d’assister aux accouchements et sur le tarif de l’hôpital. 10 000 à 15 000 roupies pour un accouchement naturel (soit 210 €) et jusqu’à 38 000 roupies pour une césarienne (avec chambre climatisée). Une amie qui fait du bénévolat depuis plus de dix ans à Varanasi et qui connaît tous les établissements médicaux et les médecins de la ville m’a dit que c’était cher, mais pour moi c’est parfait et bien plus abordable que le tarif de la sage-femme occidentale. J’ai aussi demandé à voir les chambres de l’hôpital, et moins de cinq minutes plus tard, je suis montée avec la réceptionniste pour découvrir des chambres modestes mais propres et agréables. Je suis sortie de l’hôpital au bout d’environ trente minutes. J’étais ravie pour tout sauf du fait que la docteure faisait accoucher les femmes  allongées sur le dos. À seulement trois minutes à pied de mon appartement, dans mon quartier préféré, calme et familier de la ville, en face de mon petit magasin de pain préféré et juste derrière le chai shop du quartier. Et puis juste à côté du Gange !

Deuxième échographie à Varanasi

Pregnancy in India : ultrasound 2

Ma deuxième échographie

Dans l’après-midi, je suis allée au laboratoire recommandé par la médecin et deux de mes amies, à un peu plus de dix minutes à pied de chez moi. On m’a dit de revenir le lundi suivant à sept heures. J’ai eu un peu de mal à me lever à cause d’un de ces fameux concerts, alors j’y suis allée pour 8h30. Je ne savais pas qu’il y avait un système de tickets pour assurer sa place dans la queue, puisque le réceptionniste ne m’avait pas dit la première fois. J’ai raté mon tour et il m’a dit de revenir à 14h00. J’ai protesté car j’avais des choses à faire, et finalement il m’a dit de revenir à dix heures (une faveur car j’étais étrangère). Je suis revenue avec mon amie française pour qu’elle puisse voir l’échographie avec moi. Un homme m’a fait traverser la salle d’attente pleine pour m’emmener derrière des portes en verre et dans la salle d’échographie. Après une trentaine de minutes j’avais mon imprimé. La salle d’échographie n’avait rien à voir avec celle de l’hôpital de Chhatarpur, elle était plus propre et bien mieux équipée. Le médecin prenait son temps, pas comme lors de ma première échographie à la chaîne, il était sympathique et parlait bien anglais. Après un court moment, il a tourné l’écran ! C’était génial de voir mon bébé, et tellement détaillé !!! Je l’ai presque vu sourire. On voyait le cordon ombilical, ses petits poings près de son visage, waouh! Incroyable et tout mignon ! Mon amie est partie, et deux photocopies et un retrait bancaire plus tard j’ai fait faire ma prise de sang. L’infirmière m’a prise tout de suite et le lendemain je pouvais aller chercher mes résultats.

Où accoucher en Inde : Ashirvad Hospital à Varanasi ?

Entre-temps, une autre amie qui vit à Varanasi depuis plus de quinze ans m’avait parlé de la meilleur gynécologue de Varanasi, Usha Gupta, qui travaille à l’hôpital Ashirvad dans le quartier de Mahmoorganj. J’ai trouvé son numéro de téléphone sur Internet et j’ai même appris qu’elle était établie depuis 1974 et qu’elle avait 68 ans ! Je lui ai téléphoné pour lui demander s’il y avait des sages-femmes à Varanasi, juste pour voir. Elle m’a dit « Il n’y a pas de sage-femmes dans cette ville, ma fille. Seulement des médecins ! » Je n’ai pas trop aimé le ton de sa voix, mais je voulais quand-même aller la voir pour être sûre. Elle m’a dit de venir à 17H00 le lendemain. Mahmoorganj est loin de mon quartier, et 17H00 est le pire moment de la journée pour s’y rendre en rickshaw avec le trafic. Mes amis et moi étions invités à des fiançailles dans un hôtel chic près de la gare et c’était à peu près sur le chemin, alors je me suis dit que j’irais voir Usha Gupta avant d’y aller. J‘ai d’abord pris un vélo-rickshaw pour me rendre au croisement principal de la ville (Godawlia). La route était si cahoteuse que je devais protéger mon ventre rond en le tenant et en restant debout tant bien que mal pour absorber les chocs avec mes genoux ! À mi-chemin on a croisé une fête musulmane et la route était bloquée, alors j’ai du descendre et faire le reste à pied. Une fois au croisement je pensais prendre un autorickshaw pour Mahmoorganj, mais j’ai du marcher jusqu’au croisement suivant car une nouvelle loi (laquelle ??) les avait interdis (pour réduire la circulation, je suppose ?) Quelques instants plus tard, un homme m’a arrêté et m’a demandé où je voulais aller. J’avais peur de tomber dans une embrouille mais il aidait réellement les piétons à trouver des rickshaws, une sorte d’employé de la circulation ! Il m’a dit qu’il y avait des travaux et trop de bouchons pour se rendre à Mahmoorganj, et moi j‘étais déjà en retard. Il a arrêté un premier conducteur qui a refusé de me prendre. Après au moins cinq minutes, un autre chauffeur s’est arrêté pour moi et l’« employé de circulation » lui a demandé de me déposer à «l ’hôpital Usha Gupta ». Effectivement elle était connue ! J’étais contente d’avoir réussi à trouver un rickshaw commun car c’était moins cher, mais je ne savais pas quand diable j’arriverais à destination. L’auto a pris la route, j’ai caché mon nez dans mon dupatta (châle) pour éviter de respirer les vapeurs et après un certain temps, nous nous sommes retrouvés dans un embouteillage qui semblait interminable. Je commençais à perdre sérieusement motivation pour aller voir cet hôpital, et je me suis dit que si je devais accoucher là-bas, mon bébé naîtrait probablement dans un rickshaw au milieu du trafic de Varanasi ! J’ai appelé mes amis pour leur dire que je serais probablement en retard, mais au bout de cinq minutes les véhicules ont recommencé à rouler et je suis arrivée à l’hôpital !

J’ai franchi une des portes, mais on m’a demandé de sortir pour rentrer de l’autre côté de la rue. L’hôpital était gigantesque. Dans le bâtiment, les gens m’ont dirigé vers un grand hall entouré de salles numérotées, et ils m’ont dit d’aller dans la pièce numéro trois. Le hall était rempli de monde, et devant la pièce numéro trois les gens étaient complètement entassés les uns contre les autres. Au-dessus de la porte se trouvait un écran avec des numéros. Je suis sortie pour demander à deux personnes où je pouvais trouver un numéro, mais elles m’ont juste dit d’attendre devant la salle. Quand je suis retournée dans la foule, j’ai réalisé qu’ils avaient tous des dossiers de l’hôpital dans la main. Moi bien sûr je n’en avais pas, mais je me suis mise à attendre… Il y avait une femme enceinte qui était au moins dans son huitième mois, elle aussi debout, et je me suis dit que je n’accepterais jamais de telles conditions ! Après environ cinq minutes de vaines tentatives pour essayer d’entrevoir la gynécologue quand la porte s’ouvrait, j’ai décidé que j’en avais assez et que l’hôpital était bien trop grand et trop loin pour moi de toute façon. Je suis partie rejoindre mes amis à la fête de fiançailles…

Retour dans le petit hôpital (miraculeux) de Varanasi

Le lendemain, mon dernier jour à Varanasi, je suis retournée à Ashok Care Home, pour montrer les résultats de ma prise de sang à la médecin. En marchant je n’en revenais toujours pas qu’un tel hôpital puisse se trouver si près de mon appartement. Vraiment un miracle ! Mon amie française est venue avec moi pour vérifier le lieu et me donner son avis. Nous avons attendu encore moins que la première fois, peut-être trois minutes ! La docteure m’a dit que mon placenta était bas, que je devais faire très attention aux routes cahoteuses (oups!) et que je ne devais pas porter de choses lourdes. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter car quelques semaines plus tard il remonterait. Les routes cahoteuses ne me dérangeraient plus pour très longtemps de toute façon puisque j’allais rentrer à Khajuraho ! Nous avons vu la médecin plus longtemps que la première fois et je l’ai trouvée encore plus sympathique. Elle était gentille, réconfortante et optimiste. Elle m’a dit que dans cet hôpital on recommandait aux femmes de bouger et de marcher pendant les contractions pour que le bébé descende naturellement avec la gravité. Pour moi, c’était le plus important, et cela compensait l’accouchement couchée sur le dos que j’ai décidé d’accepter.  Je lui ai dit que j’avais décidé d’accoucher dans son hôpital et je lui ai demandé quand je pouvais prendre le train pour douze heures sans risquer d’accoucher dedans. Elle pensait que mon bébé arriverait dix jours avant la date prévue (j’ignore comment elle pouvait savoir ça !) et il fallait que j’arrive au plus tard le 10 mars. Mon amie m’a dit qu’elle trouvait que cet hôpital serait parfait et qu’elle avait beaucoup aimé la médecin ! En plus, si mon bébé arrivait assez tôt, elle serait avec moi pour l’accouchement ! J’étais aux anges…

Où accoucher en Inde ? A 5 minutes à pieds d’Assi Ghat, à Varanasi !

De retour à Khajuraho, j’ai fait part à ma belle-mère de ma décision d’accoucher à Varanasi. Elle a exprimé compréhension et soutien.

Pinterest : ou accoucher

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