Hier nous sommes allés passer ma première échographie dans un hôpital renommé de la ville de Chhatarpur située à 55 km de Khajuraho, l’hôpital chrétien. Pour une procédure de cinq minutes, cela nous a pris plus de huit heures… Cet article raconte tous le parcours qui est, d’après mon expérience, assez typique des hôpitaux indiens !

Nous sommes partis vers 9h00 en taxi climatisé. Le trajet dure environ une heure. Deux copains de Kishan sont venus avec nous parce qu’ils connaissent bien l’hôpital et ils pouvaient nous aider à nous y retrouver. Je ne comprends toujours pas trop l’intérêt qu’ils avaient à passer toute la journée à attendre dehors sous la canicule… Enfin c’est l’Inde ! Peu importent où les hommes traînent sans rien faire, que ce soit près de chez eux ou dans un hôpital à une heure de là !

Kishan m’avait prévenu à l’avance : dans cet hôpital, il est interdit aux hommes d’entrer dans les « ladies rooms », c’est-à-dire les salles réservées aux femmes. Il m’attendrait donc à l’extérieur la majeure partie de la journée, et je suppose qu’effectivement ce serait mois pénible de poireauter en compagnie de ses copains !

Hôpitaux indiens : Inscription et salle d’attente

J’ai d’abord dû me rendre à un premier guichet pour y donner mon nom et la raison de ma venue, payer des frais d’admission de quarante roupies (soit 0,54 € ou 0,40 €) et obtenir un livret. Le comptoir était tellement bas que je devais pencher la tête pour voir le réceptionniste. Comme d’habitude, il avait du mal à prononcer mon nom. Il m’a demandé pourquoi j’étais là. J’ai dit que j’étais enceinte de douze semaines et que je voulais faire un bilan de santé et une échographie. L’homme m’a envoyé à l’entrée principale, où j’ai remis mon livret à deux infirmières derrière un bureau. Il n’a pas fallu attendre trop longtemps pour que l’une d’elles me pèse et prenne ma tension, devant tous les patients qui attendaient. La dame m’a regardé avec amusement et m’a demandé: « Comment on dit votre nom, madame, Vayo-laitti? » « Vi-o-lai-teu » j’ai répondu, puis je suis allée m’asseoir dans le hall rempli de patients, à côté de la pièce numéro deux dans laquelle une autre infirmière m’appellerait bientôt. Jusqu’à présent, Kishan attendait avec moi. Ses copains discutaient dehors avec le chauffeur de taxi.

La plupart des patients me regardaient, mais j’ai l’habitude dans les hôpitaux indiens ! Parmi eux, beaucoup de femmes enceintes. Je remarquais que le sari est un vêtement vraiment pratique pendant la grossesse. Il convient pour toutes les tailles, et les Indiennes n’ont certainement pas besoin d’investir dans des vêtements de grossesse ! Le salwar-kameez avec son pantalon ample est tout aussi pratique. Une infirmière sortait souvent de la pièce numéro deux pour appeler des femmes enceintes. Pour patienter je suis allée aux toilettes. Je me demandais s’ils étaient propres… J’ai traversé la cour. Les toilettes pour femmes n’avaient que des urinoirs, c’est-à-dire un sol carrelé avec juste un petit canal qui guidait l’urine vers un trou. « Et pour celles qui doivent faire la grosse commission? » je me suis demandée. Il y avait un robinet avec des brots pour jeter de l’eau derrière soi, et c’était à peu près propre, en tout cas dans le standard des hôpitaux indiens. C’était quand-même très basique, et à chaque fois je faisais pipi sur mes pieds. Tant pis! J’ai vu pire… Je suis retournée dans le hall d’attente et peu de temps après l’infirmière m’a appelée.

Bien sûr, je n’étais pas la seule patiente dans la pièce numéro deux, puisque l’intimité n’existe pas en Inde. Mais encore une fois j’ai l’habitude dans les hôpitaux indiens ! Je me suis assise à un bureau et une autre infirmière m’a demandé la date de mes dernières règles et ce que je voulais. Je lui ai répondu, et avec un diagramme en carton elle a calculé mon nombre de semaines et la date prévue de mon accouchement qu’elle a inscrit dans le livret. Ensuite, on m’a demandé de m’asseoir dans une pièce voisine avec une quinzaine d’autres femmes enceintes qui attendaient sur trois bancs en bois que l’infirmière en chef les appelle. On y trouvait toutes les tailles de ventres. C’était amusant de voir des femmes enceintes en burqa. L’une d’elle était vraiment énorme. Vers 11h30, une autre infirmière m’a invité derrière le rideau devant une petite salle d’attente.

Hôpitaux indiens : Un hôpital à Chitrakoot (2009)

Hôpitaux indiens : Un hôpital à Chitrakoot (2009)

Hôpitaux indiens : Contrôle médical

Lorsque j’ai tiré le rideau pour entrer et l’infirmière en chef, la plus âgée, m’a regardé avec de grands yeux ronds et un grand sourire. Elle semblait toute excitée de devoir traiter une étrangère ! Eh oui, je suis toujours une grande attraction dans les hôpitaux indiens ! Elle m’a demandé ce que je voulais. « Je suis enceinte de douze semaines. » Elle aussi m’a demandé la date de mes dernières règles et je lui ai dit que c’était indiqué dans le livret. Puis elle m’a dit de m’allonger derrière un autre rideau. Elle a palpé mon ventre et m’a dit qu’elle ne sentait aucun signe de grossesse ! « Vous êtes sûre d’être enceinte? » Elle a demandé. « Euh? » J’ai répondu. « Vous avez fait un test de grossesse ? » elle a continué. « Oui oui ! » j’ai confirmé en retournant m’asseoir. Elle a commencé à gribouiller dans le livret et j’ai reprécisé que je voulais faire une échographie. « Ah ! Ultrasound ! OK ! » Alors elle a sorti un bordereau et elle a commencé à écrire dessus. Il y avait une colonne avec les prix sur le côté droit du papier et je me suis demandée combien ça coûterait ! Seulement 350 roupies, c’est-à-dire moins de 5 € ou 3,50 £ ! En Ecosse j’avais vérifié les prix et c’était au moins 150 £ ! Incredible India ! L’infirmière m’a demandé de retourner dehors payer les frais au guichet où j’avais donné quarante roupies, puis d’aller dans la pièce numéro dix-huit. Et aussi de boire beaucoup d’eau car ma vessie devait être remplie pour l’échographie. Dommage que je sois déjà allée aux toilettes ! Oui non, pas vraiment en fait…

Hôpitaux indiens : L’échographie ?

Je suis sortie et je suis retournée dans le hall où Kishan m’attendait. Nous sommes allés dehors pour payer les frais, puis avec ses copains, on est allé trouver la pièce numéro dix-huit. C’était de l’autre coté de la cour dans une partie opposée du bâtiment. L’hôpital, bien que renommé, était assez rustique pour une Européenne. Sur les murs la peinture partait en lambeaux, mais bon ce n’était pas vraiment sale et avec mon expérience des hôpitaux indiens, cela ne me choquait pas du tout. Kishan m’a donné une bouteille d’eau et je suis rentrée seule dans la pièce numéro dix-huit. Même pour une échographie où on ne voit que des ventres féminins, les hommes étaient strictement interdits dans la pièce. Dingue ! La chambre était assez simple. L’équipement à ultrasons était caché derrière un rideau, et à côté de l’entrée dans un espace restreint il y avait deux bancs. Une infirmière toute jeune remplissait des dossiers à un bureau. Plusieurs femmes enceintes attendaient et je les ai tous reconnues de la pièce numéro deux. La jeune infirmière m’a demandé mon livret et a essayé de prononcer mon nom. J’ai dû le dire haut et fort en exagérant et en essayant de faire rouler mes R le plus possible pour qu’elle comprenne. « Vous pouvez répéter ? » elle a demandé gênée. « Vous essayez de l’écrire en hindi? » j’ai deviné. « Han (oui.) » Alors j’ai pris un morceau de papier et lui ai écrit en hindi.

Il était déjà plus de midi. J’ai commencé à attendre et boire de l’eau, et attendre, et boire de l’eau… et j’ai fini la bouteille. Les femmes discutaient et partageaient leurs histoires, c’était intéressant de les écouter. Ensuite une dame avec un ventre énorme est rentrée s’asseoir avec nous. Elle était enceinte de neuf mois et cinq jours. De temps en temps, un mari poussait la porte pour demander ou donner quelque chose. La jeune infirmière se plaignait car les femmes parlaient trop fort et ça la dérangeait. De la part d’une Indienne, j’ai trouvé cela très amusant. Deux jours plus tôt avait été un jour de jeûne (quand les femmes jeûnaient pour leurs maris, bien que les maris ne jeûnent jamais pour leurs femmes), et la plupart des Hindoues disaient qu’elles avaient jeûné toute la journée (sans même boire de l’eau) alors qu’elles étaient enceintes !!! Elles se plaignaient de se sentir faibles et parlaient du fait que jeûner était « obligatoire » pour elles. Préférer la tradition aux besoins de leur petit bébé, moi je trouvais que c’était complètement irresponsable ! Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre mon grain de sel à la conversation: « Mais jeûner est très mauvais pour le bébé ! Les femmes enceintes ne doivent jamais jeûner ! » j’ai protesté en hindi. Une Musulmane en burqa mais avec la tête découverte était d’accord avec moi. Les traits de son visage étaient doux et paisible, je l’aimais bien. Je me souvenais de son nom après l’avoir entendu dans la pièce numéro deux, et il voulait dire « lumière ». Pendant un moment, elle a aussi parlé du port de la burqa, en disant à quel point elle se sentait obligée de la porter dès qu’elle sortait de chez elle… Nos conversations étaient une fois de plus trop bruyantes pour la jeune infirmière, qui s’est mis à protester qu’elle allait faire des erreurs dans ses rapports si on continuait à parler si fort. Bien sûr, personne n’a baissé la voix. Une demi-heure s’est écoulée et je recommençais lentement à avoir envie de faire pipi, lorsque la jeune infirmière a annoncé que le médecin avait été appelé ailleurs et qu’il ne reviendrait pas avant treize heures, en plus elle devait aller manger. Elle nous a renvoyées dehors et nous a dit de revenir pour treize heures. Je n’en pouvais plus et j’ai couru aux toilettes pour me soulager !

Je suis retournée voir Kishan et ses copains, et il est allé rechercher une bouteille d’eau pour plus tard ! Un ancien camarade de classe l’avait rejoint entre-temps, car sa femme venait de donner naissance à un petit garçon ! Au lieu de poireauter, nous sommes tous allés leur rendre visite. Ce serait l’occasion de voir à quoi ressemblaient les chambres de cet hôpital ! La jeune maman avait une chambre privée avec salle de bain. C’était propre mais sombre et plutôt sinistre, avec un refroidisseur d’air très bruyant (pour avoir une idée, cliquez ici !) Elle avait eu une césarienne, mais elle avait l’air bien et toute contente avec son bébé. Celui-ci était tellement petit et enfoui sous sa couverture que je ne l’ai pas trouvé en entrant dans la pièce. Deux femmes dont la grand-mère étaient assises par terre, et elles m’ont invitée à m’asseoir dans le fauteuil. La mère a pris le bébé d’un jour, l’a posé sur mes genoux et ouah! Il était si petit! « Bientôt, ce sera mon tour » j’ai pensé, mais il était si petit et vulnérable que j’osais à peine le bouger. J’imagine que ça ira quand ce sera le mien, j’espère en tout cas ! Plus tard dans la journée, j’ai demandé à Kishan s’il y avait des chambres climatisées dans cet hôpital. Il m’a dit que oui. Je me disais que je pourrais peut-être accoucher dans cet hôpital, mais le gros hic c’est que les hommes ne sont pas autorisés… C’est quand-même un gros hic, ça !

À 13 heures, je suis retournée dans la pièce numéro dix-huit avec ma nouvelle bouteille d’eau. Le médecin était de retour derrière le rideau. Je l’ai entendu parler dans un bon anglais et sa voix m’a fait bonne impression. J’ai commencé à boire l’eau tout doucement… J’ai attendu, j’ai bu, j’ai attendu, j’ai bu… On entendait le docteur faire chaque échographie et chaque femme derrière le rideau. « Le placenta est comme ça… » « Oh, cette vessie n’est pas assez pleine, revenez plus tard. » « Le bébé ceci, le bébé cela… », et ensuite « Suivante! » A chaque fois que j’entendais ça j’espérais que ce serait mon tour, mais ce n’était jamais le cas. J’ai entendu la femme suivante pleurer en voyant son bébé et j’en ai eu les larmes aux yeux… C’était comme si je partageais une expérience avec toutes ces femmes, nous attendions toutes de voir notre bébé sur l’écran. Je commençais à perdre patience bien qu’encore relativement calme et détendue, je ne savais pas trop par quel miracle. Mais bientôt j’ai recommencé à avoir envie de faire pipi, et c’est vite devenu inconfortable. Puis une apprentie infirmière est sortie avec mon livret et a demandé: « Qui est la femme de Kishan Machin ? » « Moi ! » je me suis écriée avec espoir. Malheureusement elle voulait juste vérifier mon nom ! Argh ! Puis le docteur a quitté la pièce. J’ai enfin vu son visage que je n’ai pas aimé du tout. Il avait une grosse tête et des grands yeux exorbités et il n’avait pas l’air sympa. La jeune infirmière a annoncé qu’il avait été appelé pour une urgence et qu’il viendrait bientôt. « Merde alors ! Ces foutus hôpitaux indiens ! » J’avais vraiment envie de faire pipi, ça devenait difficile de me retenir, et je n’avais pas envie d’aller aux toilettes pour redevoir boire un litre d’eau et attendre que ma vessie se remplisse pour pouvoir faire mon échographie ! Je voulais mon échographie maintenant et j’avais attendu assez longtemps ! J’étais vraiment frustrée et j’ai supplié l’infirmière pour qu’elle fasse en sorte que je sois la suivante sur la liste, car j’avais vraiment besoin d’aller aux toilettes. Elle m’a dit qu’elle ferait son possible. On a encore attendu une vingtaine de minutes jusqu’à ce que le médecin revienne. Puis une dame qu’il avait déjà appelé deux fois est entrée dans la pièce, et c’était elle la suivante ! J’en ai pleuré de frustration et j’ai regardé la jeune infirmière avec des yeux suppliants. Ma vessie était prête à exploser ça commençait à me faire mal au ventre. Puis la porte s’est ouvert brusquement et une infirmière a fait entrer une femme en fauteuil roulant, jusque derrière le rideau. Je n’étais plus la seule à me plaindre, et je n’en pouvais plus. Je me suis levée, j’ai ouvert le rideau et j’ai montré mon visage. « S’il vous plaît Docteur ! Cela fait des heures que j’attends et ma vessie va exploser. Je ne peux pas être la suivante ? » j’ai dit en pleurant. Le docteur, d’une voix impassible, indifférente et presque cynique, a répondu doucement: « Eh bien, merci de m’avoir informé de votre malaise. Vous serez la suivante. » Il a demandé à la dame en fauteuil roulant de patienter car il voulait voir C la fille blanche ».

Hôpitaux indiens : Enfin mon échographie !

Il était presque 15h00. Je me suis précipitée derrière le rideau et me suis allongée sur la table. J’étais gênée pour marcher tellement ma vessie me piquait quand je bougeais. « Vous venez d’où ? » m’a demandé le médecin. » « France. » Je pleurais encore un peu. « Et vous êtes venue pour avoir un bébé en Inde? » il a continué avec sa voix cynique, comme pour se moquer de moi pour mon audace ou ma folie. « Je vis ici depuis sept ans! » j’ai rétorqué. « Et vous faites quoi ici ? » « Je suis mariée ! » Pendant ce temps, l’apprentie infirmière avait enduit mon ventre de gel, et quand le médecin me pressait le bas-ventre avec son ustensile, je devais observer ma respiration pour supporter ma vessie qui me piquait et qui me faisait mal. Il m’a dit que tout allait bien et il a tourné l’écran de sa machine pour me montrer mon bébé. « Ici! Regardez c’est son cœur qui bat. » J’ai pu regarder ce petit cœur pendant seulement une demi-minute, mais il m’a fait pleurer de plus belle. Cette fois évidemment c’était de l’émotion ! J’étais emmêlée entre l’inconfort et l’émotion et ma tête commençait à me faire mal à la tête. Quand je me suis levée de la table, le médecin m’a dit de cesser de pleurer. « Je pleure si j’ai besoin de pleurer! » J’ai protesté, comme je le fais souvent avec les Indiens quand ils essaient de m’empêcher de pleurer. « Va te soulager et reviens », a lancé le docteur. J’ai couru dehors jusqu’aux toilettes, et j’ai uriné pendant cinq bonnes minutes en ayant l’impression que le flux ne s’arrêterait jamais. Je continuais à pleurer, à respirer et à me relaxer accroupie dans le mètre carré en faisant pipi sur mes pieds. Après me les être lavés, je suis allée chercher Kishan pour lui dire que je devais retourner récupérer l’imprimé de l’échographie.Je suis allée dans la pièce numéro dix-huit pour voir la jeune infirmière, j’ai pris mon livret et elle m’a dit de retourner dans la pièce numéro deux pour le montrer à l’infirmière en chef.

Rapport d’échographie avec l’infirmière responsable

J’ai rapidement montré la photo de notre bébé à Kishan avant de me rendre jusqu’à la pièce numéro deux. J’ai attendu encore une demi-heure sur un des bancs en bois jusqu’à ce que l’infirmière m’appelle. Comme elle n’avait pas senti ma grossesse en palpant mon ventre, je lui ai dit: « Vous voyez ? Il y a bien un bébé dans mon ventre. » « Bonnes nouvelles! » s’est-elle exclamée. Elle a griffonné quelque chose dans mon livret et m’a dit que je devais prendre un supplément d’acide folique pendant deux semaines. « J’en prends déjà depuis quatre mois ! » Je lui ai répété deux ou trois fois. « Alors pas besoin. » (Et d’ailleurs, deux semaines d’acide folique?? Ça sert à quoi ? On doit prendre les suppléments pendant au moins un mois, non??) Elle a ajouté que je devais prendre un supplément de calcium et de fer, lui aussi pendant deux semaines. « N’importe quoi », j’ai pensé. « J’ai fait des analyses de sang en France et j’ai assez de fer », j’ai répondu. J’ai sorti le rapport français de mon sac pour lui montrer mais elle l’a à peine regardé, puis elle m’a dit de faire ce que je voulais… J’ai quitté la pièce pas très impressionnée.

Hôpitaux indiens : Un autre hôpital…

Je suis retournée dans la cour pour rejoindre Kishan et ses copains. Il m’a demandé si j’avais faim et comme par miracle je n’étais pas du tout affamée, alors que nous avions complètement sauté le repas de midi. J’avais rempli mon ventre d’eau toute l’après-midi, ceci explique cela ! Kishan m’a dit que nous allions rendre visite à un autre nouveau-né, le fils de sa cousine cette fois, qui était né juste trois jours avant! Lui n’était pas à l’hôpital chrétien mais à hôpital gouvernemental. J’étais curieuse de voir à quoi celui-la ressemblait…

La façade du bâtiment était plutôt délabrée, et l’hôpital chrétien était magnifique en comparaison. La jeune maman avait elle aussi eu une césarienne, et Kishan m’a dit que c’était parce qu’elle avait jeûné la veille son accouchement, alors elle avait été trop faible pour accoucher naturellement ! Elle était allongée sur un lit dans un dortoir rempli de femmes couchées avec leurs minuscules bébés qui étaient tous nés par césarienne. Nous nous sommes approchés de son lit et la famille m’a invitée à m’asseoir dessus. Le drap n’était pas bien mis et on voyait le matelas en faux cuir déchiré par endroits. Par terre à côté du lit, la grand-mère du nouveau-né était assise sur une natte. L’infirmière qui est venue changer la perfusion de la jeune maman n’avait pas de gants. Puis une femme de ménage a balayé le sol avec un balai en paille, évacuant poussière, cartons vides et autres déchets de la salle.

Pinterest : hopitaux indiens

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Les familles campaient par terre autour des lits de leurs filles ou belles-filles. (Petit détail : la plupart des hôpitaux indiens ne fournissent pas les repas, alors ce sont les familles qui les apportent.) Avant de partir j’ai demandé pour aller aux toilettes. La tante de Kishan est sortie du dortoir avec moi et m’a accompagné dans le couloir. Après un tournant, elle a pointé le doigt et m’a dit « là-bas ». Il n’y avait pas de toilettes. J’ai fait pipi par terre dans un couloir, à côté d’une marre marron infecte de pisse séchée. Je vous laisse imaginer l’odeur… C’était sans aucun doute le pire des hôpitaux indiens que j’avais fréquenté, et c’était ça, l’hôpital du gouvernement ! Heureusement je n’étais pas venue inspecter cette horreur pour préparer mon propre accouchement…

Nous sommes rentrés à la maison à 17h30. J’ai mangé la nourriture délicieuse et réconfortante de ma belle-mère, qui ce jour-là avait cuisiné mon préféré : karela (courge amère) et daal (lentilles). Après le repas je suis allée directement me coucher. Mon crâne me martelait toujours et j’avais mal aux yeux. J’ai dormi, je me suis reposée, je ne pouvais plus rien faire pour le reste de la journée. Mais je l’avais, mon échographie !

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